10 février 2019 Atelier expérimentation sur support musical
Sur une Musique de Nils Frahm
L’appel
De plus en plus fort
La pèle
Épeler la note
Les deux notes
D’ailes à lui
Appel
Happé d’elle
L’après elle
La bouche cousue – elle attend l’appel – dix ans déjà – dix minutes – une main – deux mains -yod – yod – appelle – creuser en terre avec ses yeux – percer le ciel
Combien de temps peut-on rester ainsi - césure – des vides - interférences entre eux deux – encore – combien de temps peut-on rester ainsi – immobile – sans voir – sans voix- sans pas – résister à l’appel – rester encore un peu bercer par les phares – rester à cet instant où la trace blanche guide nos cœurs - l’un contre l’autre
Tu t’approches doucement de mon front – je sens tes lèvres bouger - de quoi me parles-tu - ça caquette – poulailler sans coq – libellule métallique trop proche – trop humide –trop de sirènes dans tes gestes – Éloignes toi s’il te plait – éloigne toi de mon front – ça me raye –ça me rail – ça me maille – tu comprends – tu pars – enfin – qui es tu – Léna – oui – je reconnais ton odeur – ta rancœur – ton malheur – Pourquoi n’est il pas là – c’est lui qui doit venir – ça s’agite – que se passe t-il ? une voix d’eau – une voie d’eau rouge – O positif – éloigner … du bleu… oui - des blouses bleues – des yeux noyés par les bleus – la boîte à rythme - toujours là – sur roulettes – j’ouvre les yeux
Dis ans – une main – deux mains – yod – yod – l’appel – toujours pas là – Léna ne vient plus – parfois une odeur connue – des aiguilles montrent un cadran – je n’arrive pas à passer – il devait venir me chercher – revenir sur la boucle d’avant- arrêter de respirer –
Ça bat des ailes
Ça tourne
Ça roule
Ça tourne encore
Ça couvre ça basse
Continue ça croisse
Corbeau corneille
Ça décompose
Humus
Ça creuse ça tire le ciel
Ça tend la peau
Du dedans
Ça crisse ça mord
Ça vide
Ça happe
Appel
Appel
Viens
Appelle
Tends moi vers toi
Je lâche la main – le yod
J’entends compter
Un deux trois
J’entends
Reculer
J’entends
Air erre père
Mon père – je le vois –sa pupille brisée dans sa main – yod – mon père avec son visage ravagé- renversé et toutes les lumières qui avalent tous les visages
J’entends
Reculez reculez
Je sens l’air sur mes cheveux collée de pluie – de suis – où suis-je – j’entends l’appel – ça passe vite - ça passe – ligne continue – je reste immobile – suspendue dans le vent – ça bouge dedans – me soulève – m’enlève –
On la perd – restez avec nous
Pourquoi me dire cela – je l’attends – tant de temps qu’il creuse le temps – laboure ma terre – tout se calme – je monte l’escalier doucement – sur les marche noires – mineur en bémol
Muriel
La chaise a ripé et le foulard est tombé. La chienne n’a pas bougé.
L’eau frémissait, bouillait, bouillonnait, il se trouvait impuissant.
L’espace et les lettres le terrassaient, perspective d’un transfuge forcé.
Les yeux interrogeaient le quotidien qui s’annonçait, une aube désertique.
Il ne pourrait plus retenir la parole dorénavant.
Le fil avait été coupé et la table en bois était marquée du fer qui l’avait brûlée.
Où étaient-ils ces inconnus qui coulaient dans lui ?
Les moutons qui suivaient la carlingue tentaient de le héler.
En haut, derrière ce qu’il pressentait,
et en bas, tout en bas, oui dans sa mémoire.
Il n’avait plus rien en tête, le battement du tambour.
Encore, en rond, en chaîne, sans fin, il ne savait pas le commencement.
C’était devenu une plante magnifique, tout en vides et hauts le cœur.
Il ratura sa vie sans que le trait pût effacer tout à fait.
Tout continuait d’affluer et maintenant les tambours rythmaient.
Assis sur la moleskine rouge, la cassure surgissait incontournable.
Le givre résistait au soleil et se parait de cristaux pour se défendre.
Il n’était plus là, le souffle lui paraissait presque paisible.
Assez clairement, la matière paniquait pour s’envoler.
Mais sans urgence, dans une harmonie de silence.
Ouvrir la porte du dehors, de l’ailleurs,
Voir les corps gênés et les regards fuyants, l’autre face aux autres.
Et le téléphone qui ne sonnait pas.
Régis
For intérieur
Pointes,
aiguilles de cordes
et l’insecte qui tourne dans sa cage crânienne.
Paires d’ailes légères,
je prise le souffle sur ma nuque comme une aspiration vers un vide suggéré.
J’ai dompté les rebonds de l’orage,
ces nimbus en accéléré qui font fuir le temps sous mes paupières.
Je tourbillonne mes idées, j’anticylone les lisières,
celles qui tentent de me mentir.
Battre sans cesse l’ampoule incandescente avec sous le bras
l’envie et la peur de la vérité,
le poids d’une cire trop dense sur les omoplates :
battre comme un bombyx le brocard de la nuit.
Antennes vibrantes sous le cadre des fenêtres,
sur le chambranle d’une porte verrouillée.
Envol de poudre en implosion.
Ça m’empâte la bouche ces courses folles,
ces ruisseaux d’incompréhension qui sèment l’étau dans mon écosystème.
Tant pis si se tend mon rempart de peau,
tant pis si j’élude ma charpente éphémère.
La grande minuterie trépigne, tambourine en communion ;
sirop de cœur, insecte globuleux rayant l’occiput de palabres,
raillant à s’en décrocher la mâchoire.
Le grand réseau central se voit en maître, libre de ses électricités,
la connexion poing levé avec ce sourire franc des libertés (presque héroïque).
Sent-il ce vol, ce tempo sourd des galères qui brandit les tumultes ?
La cage est fine, une simple marqueterie d’os et de sang qui trottine,
danse, accroche les frontières de la célérité dans un vent de déclics, d’impulsions. Toujours plus rond, plus emporté.
Un tournis à en perdre la tête et les idées qui roulent sur le tapis.
Je n’ai rien entre les doigts : mon bocal vibre sous une averse indomptable.
Il se retourne dans l’ombre encore et encore.
Lyon, 10.02.19
Gregory
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La nuit tombe.
Le crépuscule écrase une
dernière lame de lumière sur la mer, laissant entrevoir ses profondeurs
abyssales
Debout sur le rocher, le vent
me bouscule. Ne pas bouger.
Pas même d’un millimètre.
Rester figée.
Fixer l’étendue aqueuse hypnotisante.
Pas même d’un millimètre.
Rester figée.
Fixer l’étendue aqueuse hypnotisante.
L’esprit déterminé, le corps
délié.
Et plonger !
plonger…plonger…dans ce monde en sourdine
Les yeux clos, le cœur en
résonance, les membres en osmose avec ce placenta marin
Au loin, je voudrais te voir
apparaître.
Ton corps rond, ta peau
blanche, tes grands yeux noirs
Et refaire battre ton cœur.
Ton cœur qui s’est soudainement
arrêté.
En une fraction de seconde.
Sans crier gare.
V
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Rien – rien – rien – rien – rien – rien – rien –
rien – rien – rien – rien – rien – rien – rien – rien
et puis quelque chose ….
Ce quelque chose qui tient au ventre
qui revient
qui revient de loin
ou peut-être pas
ces pas justement
qui martèlent l’espace.
Escamoter sa propre vérité
retrouver son souffle
ces pas qui cognent le sol
ces pas qui se souviennent d’autres pas.
Et tous de s’éloigner
Faire barrage
à cette déferlante des pas
ces pas qui s’empressaient de raconter
ce que nous n’étions plus
En un espace plus grand
un espace cathédrale
un espace temple
où l’instant sommeille
où le corps se retire
comme une grande marée à l’envers.
Où le corps soupire
s’étend, se détend
frémissements
et puis quelque chose ….
Ce quelque chose qui tient au ventre
qui revient
qui revient de loin
ou peut-être pas
ces pas justement
qui martèlent l’espace.
Escamoter sa propre vérité
retrouver son souffle
ces pas qui cognent le sol
ces pas qui se souviennent d’autres pas.
Et tous de s’éloigner
Faire barrage
à cette déferlante des pas
ces pas qui s’empressaient de raconter
ce que nous n’étions plus
En un espace plus grand
un espace cathédrale
un espace temple
où l’instant sommeille
où le corps se retire
comme une grande marée à l’envers.
Où le corps soupire
s’étend, se détend
frémissements
C’est un feu maintenant qui crépite
c’est une musique qui rejoint les rythmes anciens
succession de souffles qui éprouvent des parois de bois léger
des mains dansent sur des cercle sonores de peaux tendues
des bras enserrent le soleil
des fronts s’offrent à la pluie
des pieds, de milliers de pieds
dans l’argile inscrivent leur passage.
Rejoindre le premier bruit,
voyager avec les yeux
pour fuir la machine
la grande machine à emboutir le silence
la grande ferraille
à crucifier les corps
à les arracher à leur vérité de corps
à en disperser les cendres
ce qui reste
ce qui nous reste
de cette nuit d’écorchés
Ruines dressées – Ruines fumantes
Et ce grand hurlement soudain
comme une cascade d’épouvante
qui crève le cristal des regards.
Rejoindre le premier bruit
y greffer tous les autres
pour alimenter la machine
cette machine à cracher le poème
comme un vis, un écrou usagé
un rouage brisé
Rejoindre toute cette musique
pour tourner indéfiniment
dans la brèche des mondes.
comme une cascade d’épouvante
qui crève le cristal des regards.
Rejoindre le premier bruit
y greffer tous les autres
pour alimenter la machine
cette machine à cracher le poème
comme un vis, un écrou usagé
un rouage brisé
Rejoindre toute cette musique
pour tourner indéfiniment
dans la brèche des mondes.
R