SUPPORT CINÉMATOGRAPHIQUE
Proposition
Sur la visualisation d'un extrait de film choisi par tous, écrire un texte qui soit prolongera le dialogue ou le monologue de la scène soit vous inspirera une autre scène en d'autres lieux avec un ou plusieurs personnages, toute liberté était donnée à la forme.
Des citations sur le cinéma ont été tirées au hasard en amont
(une citation pour chaque participant et participante)
cette citation était libre d'utilisation (joker), elle pouvait vous guider, ou orienter le fond de votre récit ou la forme (ou les deux à la fois)
Dans cette séance chacun à joué le jeu en 'intégrant l'esprit de la citation dans son texte.
l'extrait choisi par le groupe a été le suivant "Victor t'es une bulle " Julien Guiomar (Camille) invective Belmondo ( Victor) dans le film L’incorrigible réalisé en 1975 par Philippe de Broca
V
Citation :
Le cinéma c’est l’écriture dont l’encre est la lumière
Cocteau
Cocteau
La lumière se retrouve dans le soleil
qui réveille Victor et endort Camille pour toujours. L’encre est
présente à travers les livres et dans cette histoire d’amitié gravée dans la
vie de Victor.
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CAMILLE
Ce
cher Camille… Il ne croyait pas si bien dire en imaginant sa dernière heure
arrivée !
La
sagesse absolue était venue à lui cinq ans plus tard et c’est bien dans ce
fauteuil qu’il avait rendu son dernier soupir.
Et
dire que j’étais là. Moi qui, comme il le disait si souvent, gaspillais mon
temps entre les hippodromes et les alcôves, je m’étais résolu la veille à
dormir dans sa roulotte, à même le plancher, enroulé dans une grosse
couverture, bien alcoolisé par toutes les bières descendues le soir même avec
Raoul qui habitait en face.
Ce
matin-là, un rayon de soleil avait pénétré dans la roulotte et était venu
s’échouer sur mon visage, m’extirpant du sommeil.
Sur
la table, il y avait son bol de chicorée vide et une bassine en zinc remplie des
haricots verts cueillis au petit matin par ses mains fortes, pleines de terre.
À
travers la fenêtre, je l’apercevais, assis sur son fauteuil de velours sans
âge, engoncé dans sa grosse robe de chambre et son écharpe, toutes deux élimées
par l’usure et le temps.
Les
yeux fermés, il se reposait. Je sortis sur le plancher juste à l’entrée de la
roulotte, la couverture mise sur mon dos façon vieux philosophe grec. Je me
disais que mon idée d’accoutrement tombait à pic, car il avait sur ses genoux
un livre de Socrate !
Camille,
cet enfant de l’assistance publique ! Une vie de labeur entre l’usine et
quelques combines avec des ferrailleurs en périphérie de la ville. Jamais
l’idée d’une vie aisée ne lui traversa l’esprit, il se contentait du strict
minimum et rien que l’idée du consumérisme et de l’accumulation lui donnait la
nausée.
Sa
vie simple dans sa roulotte était son ultime refuge et un acte de rejet de
cette société nauséabonde. Et puis son Graal à lui, c’était la littérature et
la philosophie. La découverte de livres philosophiques dans une poubelle de la
bibliothèque municipale fut le socle de sa vie. D’ailleurs, il n’a jamais
acheté un seul livre. Les livres présents dans sa roulotte sortaient tous d’une
poubelle !
Ce
fut donc dans mon déguisement improvisé de vieux philosophe que je déblatérai
un ramassis de vieilles blagues en prenant une voix noble.
Camille
ne bougeait pas. Je me disais que rien ne pouvait le réveiller, lui qui
entendait les trains passés toute la journée, parfois même la nuit, la ligne de
chemin de fer n’étant pas loin.
Je
m’approchai doucement de lui. Je touchai ses mains posées sur le livre, elles
étaient froides. J’approchai mon visage du sien, je ne sentis pas d’air sortir
de son nez ou de sa bouche. Je touchai son cœur, il ne palpitait pas. Son pouls
non plus. Rien.
Je
réalisai, dans un mélange de calme et d’effroi, qu’il venait de s’éteindre.
Sans grimaces de douleur, avec un visage paisible traversé par le même rayon de
soleil qui m’avait réveillé quelques minutes plus tôt. Peut-être s’était-il
éteint à l’instant où je me réveillais.
Mon
vieux Camille…
Le
temps a passé.
Aujourd’hui,
je suis venu voir Raoul et faire un tour dans la roulotte.
Elle
est toujours là, entourée de son carré de terre, de son potager et de ses trois
poules qui picorent les restes que leur apporte Raoul. Le vieux grillage
barbelé tombe un peu mais il reste là, dans son obstination à protéger la
roulotte.
Dehors,
le vieux fauteuil se meurt doucement.
A
l’intérieur, le lit tel que Camille l’a laissé. Et puis ses livres, sa table,
son miroir, son eau de Cologne dont les notes ambrées flottent parmi les vieux
souvenirs.
Je
regarde à la fenêtre. Il pleut. Camille va bientôt rentrer !
V
------------------
Régis
------------------
Régis
« Qui nierait que le cinéma
sonore nous a fait découvrir le silence » - Henri Jeanson
Oui, je me suis laissé guidé par
quelques éléments de réflexion que la citation me proposait, au gré de mes
pérégrinations mentales.
C’est
l’idée d’opposition, de contraste mais aussi de complémentarité, d’effet miroir
inversé qui m’a intéressé en premier lieu.
Comme
si les 2 personnages étaient les 2 faces d’une même pièce et que l’une parlait
à l’autre – se parlait ? – pour la révéler.
Et
aussi l’idée du temps suggéré, le cinéma muet ayant précédé le cinéma
sonore. Le même élément mais à une période différente de son existence.
Les
antagonismes bruit/silence, jeune/vieux, passé/présent, apparent/invisible
m’ont bien sûr guidé. L’idée que les choses ne sont peut-être pas ce qu’elles
semblent être, même dans une évidence qui s’affiche. Mais pas seulement.
L’idée de lien les met en relation.
Différents mais dans un lien fort et authentique.
Dense comme un œuf. Le silence de l’œuf t’étouffe ?
Sors. Etourdis-toi. Tangue de bar en
boîte. Fais du bruit.
Et bois.
Bois, s’il te plait.
Et vomis.
Vomis-toi, bruissement de rien, de vanité
étincelante.
Angoisse d’être dans l’œuf.
Coquille vide. Intranquille, plutôt.
Ton vide est trop plein, vidange.
Exulte.
Jouis au moins.
Mon petit garçon, tu es un con. Un gentil
con, un jeune con, un petit con, mais un con. La connerie est ce qui s’affiche
avec le plus de fierté et toi, tu clignotes ! Et je n’ai pas une bonne
nouvelle : je crains que tu n’en tiennes pas à ce stade. Au risque de
paraître présomptueux, mon expertise dans le domaine m’autorise à
l’affirmer : tes prédispositions innées vont te permettre de développer
ton art à une allure exceptionnelle.
Tu vois ce fauteuil.
Il représente le Graal, le sommet, le pic
de la connerie.
Mon Annapurna, ma quête ultime.
Jusqu’à maintenant, je pensais être le
seul à pouvoir y prétendre, ma légitimité ne faisait aucun doute.
Mais tes dons naturels font de toi un con
tout aussi habilité que moi pour y poser ton derrière.
Regarde ce collier d’écharpes.
Il ne sert pas qu’à essuyer le robinet qui
fuit.
Il tricote ma vie dans ses mailles.
Je m’enroule dans cet essentiel que tu ne
perçois pas.
Pas encore.
Dommage, la conscience d’être con rend moins
con.
C’est une amulette qui rend présent à
soi-même.
L’ermite ne s’imperméabilise pas.
L’ermite pressent le monde et le temps.
Je te vois, mon garçon.
Je te vois t’aveugler.
Et je me revois.
Je me revois m’engluer.
Cesse de briller, tu t’éblouis !
Cette cire sur ma face est celle des âmes
qui bourdonnent à mes oreilles.
Tais-toi au plus vite.
Si tu ne t’écoutes pas, comment veux-tu
t’entendre ?
Régis
--------------------
Régis
--------------------
R
citation
Ce qui est beau au cinéma ce sont les raccords, c'est par les joints que pénètre la poésie
Robert Bresson
Dans cet exercice d'écriture j'ai imaginé une réplique de l'acteur qui restait silencieux dans l'extrait proposé et fait entrer par bouffées poétiques des envolées lyriques (qui rappellent également le jeu habituel de cet acteur.) elles sont autant de respirations et d'envolées qui donnent un souffle au texte et le transforme en ode vibrante à la vie.
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citation
Ce qui est beau au cinéma ce sont les raccords, c'est par les joints que pénètre la poésie
Robert Bresson
Dans cet exercice d'écriture j'ai imaginé une réplique de l'acteur qui restait silencieux dans l'extrait proposé et fait entrer par bouffées poétiques des envolées lyriques (qui rappellent également le jeu habituel de cet acteur.) elles sont autant de respirations et d'envolées qui donnent un souffle au texte et le transforme en ode vibrante à la vie.
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Réponse imaginée de Victor
à Camille
en forme de monologue
Bien évidemment la gaieté , la frivolité ! ta vie, dis-tu, fuit comme un vieux robinet ? Je te laisse à tes rêves de défaites de plombier , moi ce qui m’intéresse vois-tu c’est l’eau, et de préférence vive ! tu as raison ! j’ai peu d’attrait vois-tu pour les eaux croupies ou stagnantes je te laisse ces images si elles conviennent à ce que tu imagines être ta vie finissante.
Alors oui je suis un fantasme, une bulle , un courant d’air ! il y a deux mots dans courant d’air et l’alliance de ces deux mots me sied à merveille ! Je bondis , je vole , je frémis, j’embrasse, j’étreins, je me volcanise ! je ne me contente pas d’être un robinet sur un évier , moi ! je suis une rivière, un torrent, une cascade, un fleuve en crue et je cours oui je cours vers l’océan, mon horizon est un soleil et non un fauteuil, je suis un souffle, une tempête et non une fuite ! Je m’électrise, je m’atomise, je suis une poussière, un grain de pollen poussé par le vent et je me dépose où m’accueille les corolles du désir !
Je fuis par-dessus tout cette pesanteur qui te ronge mon pauvre ami, car la frivolité vois-tu est une déesse qui me sauve de tout cela, elle est mon oxygène, elle est mon ciel, tu peux toujours opposer à mon insupportable gaieté ton ennui abyssal qui seul à t’entendre ouvrirait sur l’éternité des heures ! mais Bon Dieu ! mon ami ! si tu t’y plongeais tout entier en cette gaieté, avec ta cervelle et ton cul ! oui j’ai bien dit ton cul et ne va pas jouer "les saintes Nitouches" après nous avoir surjoué le "Paul Léautaud" des banlieues ! et bien si tu y noyais mon ami seulement la moitié de ton ennui impérial, tu savourerais comme moi chaque seconde ! Tu te délecterais de ce parfum, de ce nectar, de cet élixir offert à tous nos sens, et dans chaque minute de ta misérable vie ce n’est pas l’ennui que tu déverserais dans un goutte à goutte souffreteux, mais le bouillonnement, l’ivresse, l’ivresse absolue ! Voilà ce que tu aimerais en chaque heure que ton corps te permet encore de goûter !
Alors fantasme, courant d’air .... oui je le suis et ce à plein temps ! Je suis un fantasme qui rit et hante les plus belles vallées, qui surfe sur les vagues du plaisir et je ne laisserai pas la marée noire de ton ennui me saloper les côtes !
Alors quoi ? quelques rides, quelques cheveux blanchis ? voir manquants ? un dos qui se coince, des douleurs qui te rappellent que tu es encore vivant , et s’en est fini de la grande vie ? on s’assoit, on pleure et on attend la camarade camarde ? Il est là ton horizon ? dans ce fauteuil ?.
Si tu étais grabataire mon ami je comprendrais que tu pleures sur celte époque bénie ou tu pouvais encore transporter ton derrière sur ce fauteuil !
Alors tu vas me faire ce plaisir camarade misère de choisir : sois tu supportes la cohabitation avec un courant d’air et tu arrêtes là tes jérémiades sur les outrages du temps sois tu vas te renseigner sur les modalités de départ en douceur pour ne plus emmerder les frivoles de mon espèce qui veulent picorer jusqu’à la dernière miette de vie, qui veulent seulement jouir de ces petits miracles du quotidien , de ces possibilités infinies d’amour et qui n’omettront pas jusqu’en leur dernier souffle de remercier la vie pour tout ce qu’elle leur a offert pour surmonter le passages tragiques de l’existence, qui sont notre lot à tous, humains !
Je te laisse donc monsieur l’outragé perpétuel, le grand agressé de la vie, à tes ruminations d’assis, moi je me lève en parfait courant d’air et je m’en vais courir après toutes les beautés qui ne demandent qu’à se suspendre aux lèvres d’un fantasme !
R
---------------------------
Muriel
_________________________________________________________________________
- Coupé
- Qui veut des tartelettes à l’abricot ?
- Oui, moi je veux bien. Merci. Je n’ai pas eu le temps de manger ce matin.
- On n’est pas là pour bouffer. Jojo, ton boulot c’est scripte, et de toi à moi, tu ferais bien de penser à ta ligne, sinon tu n’es pas prête de rencontrer quelqu’un.
- C’est bon, lâche là.
Elle est bonne la prise ?
- Non. On la refait. Quand j’étais face au miroir, c’était
je ne sais pas
il manquait quelque chose.
Je ne le sens pas ce texte
j’ai l’impression que c’est
trop écrit.
Ça sonne faux.
- Arrête ton char, tu étais juste parfait.
Moi de là-haut je t’assure, j’étais complètement pris.
Tu as été vraiment très bon
- Allez, on arrête la lèche Jean Paul, tout le monde sait bien que tu à un rencard ce soir et que tu n’as pas envie qu’on la refasse.
Au fait, ton père a vendu sa Vénus ?
- Tu es vraiment trop con.
- Bon, on va s’y remettre.
Tout le monde est là ?
- Oui.
- C’est bon
- On t’écoute Patron
- Juste une parenthèse,
je dois vous dire que moi, je me suis senti très juste.
- Oui Jean-Paul, tu colles merveilleusement bien à ton personnage, gai, frivole, superficiel, sans aucune consistance.
- Une bulle oui je sais,
non pas une bugne, une bulle !
Mais quelle bulle !
Une bulle toute droite sortie d’un savon de Marseille
qui sent la mer
avec toutes les couleurs du panier qui changent et bougent selon les heures du jour, comme une lampe
magique
qui prend les couleurs de l’arc-en-ciel
et qui répand une odeur de fraise jusqu’à Etretat.
- Etretat ? Pourquoi Etretat ?
- Pourquoi pas ? je ne sais pas pourquoi Etretat, c’est venu comme ça.
- Hé, tu viens ! Sors ton derrière de ta chaise, on va la refaire.
Oui tu as raison, ce n’était pas juste quand tu étais face au miroir.
Écoute, en fait
Comment te dire cela,
Tu en fais trop
Fais-en moins
Oui, fais-en moins
La caméra va aller te chercher
elle va te creuser des rides
se glisser dans le moindre froissement de paupière
J’aimerais que tu sois absolument toi
simple
arrête de jouer
laisse trainer un ou deux silences
qu’on entende un écho
des ricochets sur le miroir qui deviendrait un oeil.
Ou une bague
Oui une bague à poison dans laquelle on verrait ton oeil à l’envers
Ou ton oeil dans un judas
Choisis l’image que tu veux
La bague à poison
elle a ce qu’il faut pour te faire crever
et toi
tu te prendrais peut-être pour Judas
Mais comprends
le pire ce n’est pas ce miroir avec l’image que tu vas mettre dedans
non
le pire c’est ton ennui
Ta nuit qui n’en finit pas de déborder sur ta banlieue de merde parce que tu n’as jamais voulu bouger ton cul de cette chaise qui attend que les trains passent toutes les demi-heures.
Parce que tu n’as jamais voulu prendre le risque d’aimer vraiment
tu nous gaves de mots pour, au fond, remplir ton vide en voulant te faire passer pour un sage décadent
Comment te dire
Je voudrais voir toute la profondeur de l’humanité dans ton oeil
Un oeil qui en même temps qu’il te voit me verrait et verrait chacun, chacune de nous
Ce miroir doit devenir un instant de vérité où ton âme tenterait de passer entre les poussières, de rendre un peu de sa lumière à tes mots sortis des ténèbres
Tes mots acérés qui ne croient plus en rien
Tes mots qui sonnent comme des barreaux de prisons
Tes mots vains qui courent et frappent tous ceux qu’ils rencontrent
Tes mots brillants lustrés agités dans une contre lumière
Tes mots pourtant qui ne peuvent rien face à l’innocence de ton âme.
Oui
Ne cherche rien
Ne cherche pas à comprendre ce texte
Je t’assure il est juste, pertinent, écrit d’une main de maître,
tu n’as pas à y penser
Trouve ton innocence pour que chaque mouvement de ton âme brille dans ton corps crépusculaire, qu’on sente ta passion voyager avec ces trains qui n’en finissent pas de passer et que jamais tu ne prends.
Je voudrais que tu oublie complètement ton texte
qu’il se dise malgré toi
que tu ne penses à rien
juste que tu sois
que tu sentes chaque cellule de ton corps
que tu sentes le mec en haut qui balance ses jambes comme un gosse qui s’emmerde, ce gosse sur lequel tu as tout misé, avec sa petite gueule d’amour, et que, malgré son incapacité flagrante à se servir de son esprit, tu continues à croire en lui, et à travers lui, à croire en cette humanité réduite à ce visage figé.
Mais regarde-le.
Tu vois bien que quelque part il y a quelqu’un dans ce masque insipide.
Il est bien plus que ce qu’il ne fait pas, comme tu es bien plus que ton regard, ton oeil, implacable qui traverse le miroir
Je voudrais que lorsque tu parles
on sente que ton silence est ta langue profonde
c’est lui qui parlerait
et pour cela
Bordel
Écoute le !
et arrête de t’écouter parler
Vois-le dans ton putain de miroir
respire-le
flaire le
et après
pars
et emmène-le avec toi ce petit con
dehors
sur ton fauteuil de merde
respires et fermes les yeux
sens le
il est là
même s’il est encore sur son lit les jambes pendantes
il est là
le train passe – on se démerdera pour le faire passer
Et même si le spectateur ne le voit pas
il sentira que quelque chose d’important est en train de se produire
comme une cérémonie
une initiation
Tu comprends ?
Moi je suis juste le témoin de cette scène qui doit sonner comme un conte contemporain où tu es tout à la fois
le sage le fou le sorcier le héros et un monstre
Oui
un monstre
tes mots ?
tes mots
ils chanteront dans tous les mondes
ceux du dessus et du dessous
dans toutes les directions
dans toutes les démentions
Ils deviendront une bulle
oui une bulle qui contre toute attente ira oxygéner chaque coeur
elle réveillera l’enfant en toi qui penses que tu es immortel
même si tu dis le contraire.
C’est cette ambivalence que je veux voir
donc
plus simple ton texte
et arrête de vouloir être intelligent.
Pour toi Jean –Paul,
parfait,
tu as l’air complètement con,
c’est parfait
- Merci
- Bon, on se la refait ?
- Allez et après on se fait la brioche de RéRé.
Jojo t’inquiètes - tu pourras en bouffer aussi
Silence – ça tourne -
en forme de monologue
Bien évidemment la gaieté , la frivolité ! ta vie, dis-tu, fuit comme un vieux robinet ? Je te laisse à tes rêves de défaites de plombier , moi ce qui m’intéresse vois-tu c’est l’eau, et de préférence vive ! tu as raison ! j’ai peu d’attrait vois-tu pour les eaux croupies ou stagnantes je te laisse ces images si elles conviennent à ce que tu imagines être ta vie finissante.
Alors oui je suis un fantasme, une bulle , un courant d’air ! il y a deux mots dans courant d’air et l’alliance de ces deux mots me sied à merveille ! Je bondis , je vole , je frémis, j’embrasse, j’étreins, je me volcanise ! je ne me contente pas d’être un robinet sur un évier , moi ! je suis une rivière, un torrent, une cascade, un fleuve en crue et je cours oui je cours vers l’océan, mon horizon est un soleil et non un fauteuil, je suis un souffle, une tempête et non une fuite ! Je m’électrise, je m’atomise, je suis une poussière, un grain de pollen poussé par le vent et je me dépose où m’accueille les corolles du désir !
Je fuis par-dessus tout cette pesanteur qui te ronge mon pauvre ami, car la frivolité vois-tu est une déesse qui me sauve de tout cela, elle est mon oxygène, elle est mon ciel, tu peux toujours opposer à mon insupportable gaieté ton ennui abyssal qui seul à t’entendre ouvrirait sur l’éternité des heures ! mais Bon Dieu ! mon ami ! si tu t’y plongeais tout entier en cette gaieté, avec ta cervelle et ton cul ! oui j’ai bien dit ton cul et ne va pas jouer "les saintes Nitouches" après nous avoir surjoué le "Paul Léautaud" des banlieues ! et bien si tu y noyais mon ami seulement la moitié de ton ennui impérial, tu savourerais comme moi chaque seconde ! Tu te délecterais de ce parfum, de ce nectar, de cet élixir offert à tous nos sens, et dans chaque minute de ta misérable vie ce n’est pas l’ennui que tu déverserais dans un goutte à goutte souffreteux, mais le bouillonnement, l’ivresse, l’ivresse absolue ! Voilà ce que tu aimerais en chaque heure que ton corps te permet encore de goûter !
Alors fantasme, courant d’air .... oui je le suis et ce à plein temps ! Je suis un fantasme qui rit et hante les plus belles vallées, qui surfe sur les vagues du plaisir et je ne laisserai pas la marée noire de ton ennui me saloper les côtes !
Alors quoi ? quelques rides, quelques cheveux blanchis ? voir manquants ? un dos qui se coince, des douleurs qui te rappellent que tu es encore vivant , et s’en est fini de la grande vie ? on s’assoit, on pleure et on attend la camarade camarde ? Il est là ton horizon ? dans ce fauteuil ?.
Si tu étais grabataire mon ami je comprendrais que tu pleures sur celte époque bénie ou tu pouvais encore transporter ton derrière sur ce fauteuil !
Alors tu vas me faire ce plaisir camarade misère de choisir : sois tu supportes la cohabitation avec un courant d’air et tu arrêtes là tes jérémiades sur les outrages du temps sois tu vas te renseigner sur les modalités de départ en douceur pour ne plus emmerder les frivoles de mon espèce qui veulent picorer jusqu’à la dernière miette de vie, qui veulent seulement jouir de ces petits miracles du quotidien , de ces possibilités infinies d’amour et qui n’omettront pas jusqu’en leur dernier souffle de remercier la vie pour tout ce qu’elle leur a offert pour surmonter le passages tragiques de l’existence, qui sont notre lot à tous, humains !
Je te laisse donc monsieur l’outragé perpétuel, le grand agressé de la vie, à tes ruminations d’assis, moi je me lève en parfait courant d’air et je m’en vais courir après toutes les beautés qui ne demandent qu’à se suspendre aux lèvres d’un fantasme !
R
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Muriel
Citation
:le cinéma c’est la question de
savoir ce qui est dans le cadre et ce qui est hors cadre
J’ai
traduit cette citation au pied de la lettre si j’ose dire, mise en abîme,
théâtre dans le théâtre – je me suis amusée à transposer cet exercice très
théâtral au hors champ où hors cadre de la camera… le hors cadre devient alors le film en lui même.
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- Coupé
- Qui veut des tartelettes à l’abricot ?
- Oui, moi je veux bien. Merci. Je n’ai pas eu le temps de manger ce matin.
- On n’est pas là pour bouffer. Jojo, ton boulot c’est scripte, et de toi à moi, tu ferais bien de penser à ta ligne, sinon tu n’es pas prête de rencontrer quelqu’un.
- C’est bon, lâche là.
Elle est bonne la prise ?
- Non. On la refait. Quand j’étais face au miroir, c’était
je ne sais pas
il manquait quelque chose.
Je ne le sens pas ce texte
j’ai l’impression que c’est
trop écrit.
Ça sonne faux.
- Arrête ton char, tu étais juste parfait.
Moi de là-haut je t’assure, j’étais complètement pris.
Tu as été vraiment très bon
- Allez, on arrête la lèche Jean Paul, tout le monde sait bien que tu à un rencard ce soir et que tu n’as pas envie qu’on la refasse.
Au fait, ton père a vendu sa Vénus ?
- Tu es vraiment trop con.
- Bon, on va s’y remettre.
Tout le monde est là ?
- Oui.
- C’est bon
- On t’écoute Patron
- Juste une parenthèse,
je dois vous dire que moi, je me suis senti très juste.
- Oui Jean-Paul, tu colles merveilleusement bien à ton personnage, gai, frivole, superficiel, sans aucune consistance.
- Une bulle oui je sais,
non pas une bugne, une bulle !
Mais quelle bulle !
Une bulle toute droite sortie d’un savon de Marseille
qui sent la mer
avec toutes les couleurs du panier qui changent et bougent selon les heures du jour, comme une lampe
magique
qui prend les couleurs de l’arc-en-ciel
et qui répand une odeur de fraise jusqu’à Etretat.
- Etretat ? Pourquoi Etretat ?
- Pourquoi pas ? je ne sais pas pourquoi Etretat, c’est venu comme ça.
- Hé, tu viens ! Sors ton derrière de ta chaise, on va la refaire.
Oui tu as raison, ce n’était pas juste quand tu étais face au miroir.
Écoute, en fait
Comment te dire cela,
Tu en fais trop
Fais-en moins
Oui, fais-en moins
La caméra va aller te chercher
elle va te creuser des rides
se glisser dans le moindre froissement de paupière
J’aimerais que tu sois absolument toi
simple
arrête de jouer
laisse trainer un ou deux silences
qu’on entende un écho
des ricochets sur le miroir qui deviendrait un oeil.
Ou une bague
Oui une bague à poison dans laquelle on verrait ton oeil à l’envers
Ou ton oeil dans un judas
Choisis l’image que tu veux
La bague à poison
elle a ce qu’il faut pour te faire crever
et toi
tu te prendrais peut-être pour Judas
Mais comprends
le pire ce n’est pas ce miroir avec l’image que tu vas mettre dedans
non
le pire c’est ton ennui
Ta nuit qui n’en finit pas de déborder sur ta banlieue de merde parce que tu n’as jamais voulu bouger ton cul de cette chaise qui attend que les trains passent toutes les demi-heures.
Parce que tu n’as jamais voulu prendre le risque d’aimer vraiment
tu nous gaves de mots pour, au fond, remplir ton vide en voulant te faire passer pour un sage décadent
Comment te dire
Je voudrais voir toute la profondeur de l’humanité dans ton oeil
Un oeil qui en même temps qu’il te voit me verrait et verrait chacun, chacune de nous
Ce miroir doit devenir un instant de vérité où ton âme tenterait de passer entre les poussières, de rendre un peu de sa lumière à tes mots sortis des ténèbres
Tes mots acérés qui ne croient plus en rien
Tes mots qui sonnent comme des barreaux de prisons
Tes mots vains qui courent et frappent tous ceux qu’ils rencontrent
Tes mots brillants lustrés agités dans une contre lumière
Tes mots pourtant qui ne peuvent rien face à l’innocence de ton âme.
Oui
Ne cherche rien
Ne cherche pas à comprendre ce texte
Je t’assure il est juste, pertinent, écrit d’une main de maître,
tu n’as pas à y penser
Trouve ton innocence pour que chaque mouvement de ton âme brille dans ton corps crépusculaire, qu’on sente ta passion voyager avec ces trains qui n’en finissent pas de passer et que jamais tu ne prends.
Je voudrais que tu oublie complètement ton texte
qu’il se dise malgré toi
que tu ne penses à rien
juste que tu sois
que tu sentes chaque cellule de ton corps
que tu sentes le mec en haut qui balance ses jambes comme un gosse qui s’emmerde, ce gosse sur lequel tu as tout misé, avec sa petite gueule d’amour, et que, malgré son incapacité flagrante à se servir de son esprit, tu continues à croire en lui, et à travers lui, à croire en cette humanité réduite à ce visage figé.
Mais regarde-le.
Tu vois bien que quelque part il y a quelqu’un dans ce masque insipide.
Il est bien plus que ce qu’il ne fait pas, comme tu es bien plus que ton regard, ton oeil, implacable qui traverse le miroir
Je voudrais que lorsque tu parles
on sente que ton silence est ta langue profonde
c’est lui qui parlerait
et pour cela
Bordel
Écoute le !
et arrête de t’écouter parler
Vois-le dans ton putain de miroir
respire-le
flaire le
et après
pars
et emmène-le avec toi ce petit con
dehors
sur ton fauteuil de merde
respires et fermes les yeux
sens le
il est là
même s’il est encore sur son lit les jambes pendantes
il est là
le train passe – on se démerdera pour le faire passer
Et même si le spectateur ne le voit pas
il sentira que quelque chose d’important est en train de se produire
comme une cérémonie
une initiation
Tu comprends ?
Moi je suis juste le témoin de cette scène qui doit sonner comme un conte contemporain où tu es tout à la fois
le sage le fou le sorcier le héros et un monstre
Oui
un monstre
tes mots ?
tes mots
ils chanteront dans tous les mondes
ceux du dessus et du dessous
dans toutes les directions
dans toutes les démentions
Ils deviendront une bulle
oui une bulle qui contre toute attente ira oxygéner chaque coeur
elle réveillera l’enfant en toi qui penses que tu es immortel
même si tu dis le contraire.
C’est cette ambivalence que je veux voir
donc
plus simple ton texte
et arrête de vouloir être intelligent.
Pour toi Jean –Paul,
parfait,
tu as l’air complètement con,
c’est parfait
- Merci
- Bon, on se la refait ?
- Allez et après on se fait la brioche de RéRé.
Jojo t’inquiètes - tu pourras en bouffer aussi
Silence – ça tourne -
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