samedi 23 novembre 2019

ATELIER ECRITURE EXPERIMENTALE supports photographies


ECRITURE EXPERIMENTALE  SUR DES PHOTOS BIOGRAPHIQUES


Chaque participant et participante de cet atelier devait écrire un court récit en une heure sur une photographie ou un jeu  de photographies de famille appartenant à un autre participant ou participante.
(Ceci afin d’éviter d'écrire sur sa propre histoire).

Une citation numérotée  également était choisie  par chaque écrivant(e)
cette citation pouvant orienter le récit.



La séance d'écriture a été rituellement suivie d'une lecture à voix haute pour le partage des textes.

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Texte de Muriel sur une photo de Roland
(il y avait un fichier sonore d'une belle qualité mais impubliable sur ce blog malheureusement )






De Pierre Karch / Noël à Cuba



2019-

Il pleut
J’écoute la pluie sur le toit
Il pleut

Allumer la cheminée
Il va neiger
Peut-être

Je ferme les yeux
Il pleut

Sur mes joues fatiguées
Ça pluie

Jusque sur mes mains
Ça coule

1969
Soleil sur la maison de mon oncle et de ma tante
Assise par terre dans le jardin
Je pose
Avec un dahlia en premier plan
Mes frères sont là
Ils posent

Nous posons

Tu reposes

La rentrée des classes arrive
Bientôt
Il faudra
Reposer
Pour la photo de classe
Reposée
Je suis
Sur la terre du jardin
Avec
Toi


2019-
Ranger
Trier
Vider
Mettre du bois
Ne pas oublier
Il va neiger

Se concentrer
Laisser de côté
La photo oubliée
Y revenir quand tout sera fini
Ranger trier vider
Respirer
Trois temps
Au nom du père - des frères et de ma chair réveillée

1969
Le jardin
Chaque matin je cours respirer l’odeur de la terre dans son bain de rosée
J’y vais pieds nus
Sans un bruit
Parfois je me mets à côté des pompons jaunes
Je promène ma peau sous ces flocons de soleil
Délicatement j’arrache une fleur
Double
Et dans mes mains je la roule
Je me soûle de ce mouvement
Mais très vite
Il n’y a plus qu’une petite boule humide
Au creux de ma main

Je la jette

On m’a dit que c’est une fleur du Japon
Un jour j’irai peut-être au Japon
Quand je serai grande
J’irai dans les jardins avec mon amoureux
Personne ne pourra m’en empêcher

D’autre fois
Je souffle sur le gros dahlia
L’invente marquise
Inconsciente de la misère des petites fleurs sauvages qui
Poussent
Chaque jour
Sur les cailloux
Où le soleil tape tape
Comme la hache qui frappe mes oreilles d’enfant

20019
Couper du bois pour la cheminée
Il va neiger
Faire du petit bois
Pour que le feu prenne vite
Sortir et sur le billot
Prendre une buche
Prendre la petite hache
Tenir la buche à sa base
Et d’un coup sec
Planter la hache dans le bois
Lever la buche harponnée à la hache et
laisser s’abattre le tout sur le billot
Ramasser les deux morceaux
Et recommencer

J’entends mon souffle qui rejoint celui d’hier
J’entends l’avant qui revient dans mes mains

1969
Je déteste cette maison
Mon oncle et ma tante en sont si fiers

Elle sent mauvais
Un mélange de javel et de choux

Le couloir est froid
Le canapé colle aux cuisses
La cave est monstrueusement cimentée
Et la salle de bain me fait peur depuis qu’une grosse araignée s’est enfuie à mon arrivée dans le bac de douche

Je ne dis rien
Mais quand j’y vais
Je ne me lave pas
De toute façon je sens moins mauvais que cette maison
Ces murs sans âmes attrapent toutes les âmes joyeuses du jardin
Les broies les noient
Ça fissure sous le papier peint
Il boursoufle quand j’y passe les doigts

Et puis le soir
C’est toujours des anchois

2019-
Le feu
Doux et fort
Je me laisse me réchauffer
Une main dans l’autre
Je souris
Je les sens tous les deux
L’un me frôle
En miroir
Âme sœur
L’autre
Flamme jumelle
Rebelle
S’écarte

Mes frères

On a rien dit de notre secret
Sur la photo
On ne voit rien
Tout est écrit dans la chair
Dans le sang
Dans la mer
On gardera la vérité dans nos pieds cachés dans la terre


1969
       C’est vide
       Il n’y a rien
        Juste la hache qui

        S’abat

2019
Mon ami
Mon âme
Ma blessure
Pourquoi m’avoir envoyé cette photo
Il y a tant d’années

On faisait des repas de famille
On jouait aux boules
Pétanque
On allait à la pêche et parfois
On aller faire un tiercé avec le vieux
On faisait semblant d’être heureux
Et parfois même
On l’était

Mon ami mon âme
Ma blessure
Il pleut
Pourquoi suis-je restée chez eux
J’aurais pu aller avec toi
En pension
Pourquoi ils nous ont séparés ?

Ça brûle dans la cheminée
Comme les orties que tu m’apprenais à cueillir
J’ai mis du temps à comprendre comment ne plus me faire piquer

Je regarde cette photo
Je retrouve le sourire

Le même

Bien sûr que tu peux venir ce soir
Je te présenterai mon compagnon
Mon amour
Mon ami
Mon amant
Mon mari

Viens juste avec un bouquet de dahlias


Muriel C






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Texte de Grégory P sur des photographies de Muriel 












 Le parfum de l'âme, c'est le souvenir. 

Citation de George Sand ; Les lettres d'un voyageur (1834)


 

Peu de détails s’accrochent à l’enfance, peu de vérités irradient la mémoire au point de s’ancrer comme une réalité profonde des faits. Plonger dans son enfance est une progression d’apnéiste où la grande profondeur va de pair avec la fragmentation du soleil extérieur, la parcellisation des souvenirs, classés par sens, par récits, quelques mensonges parfois que l’un ou l’autre laissent flotter et qui participent à la mythologie familiale.

Ces quelques étincelles de souvenirs se fixent sur les temps longs, les événements répétés, des décors omniprésents, ces instants perçus comme des gloires de tendresse, quelques pics de chagrin que le temps s’efforce de polir. Au fond de la boîte crânienne les douleurs sont moins tranchantes, l’esprit se défend, il émousse. -légitime défense-.

Et puis, au gré d’un basculement, dans la déflagration d’une disparition, au cours de la vente d’un écrin aux pierres apparentes, parfois dans la simple exploration d’un débarras laissé à l’abandon par les rapides excroissances du quotidien on découvre des boîtes en fer blanc, de petits éclats de mémoires vives, rectangles, carrés, des secondes figées, parfois collées entre elles par la lourdeur de l’attente.

Il n’en faut pas plus pour rebattre les cartes. Les échelles se réduisent, s’annulent, les points de fixation qui planaient comme des certitudes refond débat, la charpente se tord, gagne des appuis, en perd de nouveaux. La mosaïque se recompose. -et si les photos mentaient ?-

J’aurais pourtant juré que c’était moi qui portais ce jour-là la robe rouge à pois blancs, sourires tout en soleil devant l’explosion du massif de Dahlias. J’aurais pu témoigner de la céleste hauteur de cette grange, de la largeur amazonienne de cette cascade qui imposait son remous à l’armée des roseaux, la jungle du sous-bois où nous partions jouer les aventurières : ces lierres angoissants, ces tricots de troncs noueux qui sont restés dans nos yeux comme autant de micro-terreurs que nous entretenions, soigneusement. Nos fausses nouvelles de cousines, de sœurs, de feux-follets qui avec bonheur ont participé à l’écriture de nos romans intimes.

Finalement -vrais ou faux- la masse des souvenirs qui restent ne sont que le parfum de l’âme, un résidu concentré, presque le résultat d’une distillation.
Après la marée des souvenirs, des oublis, des doutes, voici le second couteau de la distance. Ces clichés statufiés dans leur pose, volés au temps aléatoire d’un dîner ou d’un apéritif me semblent soudain s’extraire d’une autre vie, lointaine, d’un écosystème qui n’est plus, froissé, une bouille de fille inconnue réduite à l’état de mélange chimique sur un rectangle de papier.

La photographie n’est plus un événement de nos jours, elle a versé dans le banal, la mitraille aléatoire, loin de s’imaginer que ces prélèvements désinvoltes du présent constitueront peut-être les clefs de voûte d’un nouveau puzzle intérieur.
Je l’observe, elle, bien droite dans sa robe ténébreuse. Le décor peint, le guéridon qui a du servir mille fois et qui doit habiter la moitié des albums de famille de la région tant les photographes étaient rares. L’arrière-grand-mère lors du grand jour, face à la lentille moderne d’un nouveau siècle. Pouvait-elle se douter, la main sur la hanche, que cent ans plus tard elle parfumerait encore mon âme ?


Gregory P

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Texte de Régis sur une photographie de Gregory P











Blymey ! What’s he doing here ?

Ça riait, ça causait, ça se saluait, ça s’invectivait. Mais le brouhaha se faisait plus insaisissable au fur et
à mesure que mon regard se figeait, ne pouvait plus se détourner. « How’s everything doing ? » Un bruit de fond maintenant, qui m’invisibilisait presque. Je m’extrayais de la scène, mon inspection se morcelait. « It’s gonna be a slendid day, for sure. » Je ne suivais plus le flot. J’étais sur une île avec la foule qui ruisselait autour.
J’étais déjà familier de ce sentiment que je taisais. J’avais à plusieurs reprises ressenti l’ivresse du saumon à contre-courant.
Lui, il n’aimait pas. Sans un mot.

Je m’étais préparé.
Il avait insisté pour que le blanc fût immaculé. Il y aurait du monde, tout le village allait être là, il fallait se tenir propre. L’idée me plaisait. Pas celle du village qui allait scruter, disséquer, critiquer. Celle de la netteté qui sent bon, du vrai luxe : happer des effluves sophistiquées que la nature n’exhalait pas. Les tubéreuses, fleuries, boisées de mes jeux en forêt en étaient exclues.

Maman avait utilisé de la Soupline.
Elle ne voulait pas que le frottement du col puisse marquer. Nous partagions le même diaphane marbré de rougeurs qui trahissaient notre sensibilité et notre délicatesse. De façon très sûre, son geste éternisait notre lien et elle était heureuse que j’en saisisse la portée.

Lui avait renoncé, étranger.
Bleus, le ciel, la casquette, le polo, mes yeux. Comme les siens. C’était le seul écho qui résonnait entre nous. A l’école, ils m’enviaient tous. Il était tellement engagé, tellement dévoué, tellement disponible. Que des talents, pas de faille, leur admiration était sans borne. Il ne ressemblait en rien à leur père.
         Mais moi, je ne m’étais jamais senti accueilli. Je me pliais à ses loisirs, ses goûts, ses envies pour espérer voir s’entrouvrir une brèche. Mais je me sentais hors lignée.

         Que fait l’instituteur ici ?
         Il porte toujours son bracelet en cuivre vissé au poignet. Ses boucles sont un peu trop folles, trop longues, sa barbe un peu trop libre. D’ordinaire, il ne participe pas aux événements du village. On le voit souvent conduire sa voiture tard le soir pour ce qui ressemble à une escapade en ville.
On ne sait que penser.
Les élèves sont pourtant enthousiastes et personne ne peut lui ôter un vrai talent. Il sait calmer les plus sanguins et éveiller l’intérêt des moins concernés. Mais il vit bizarrement. Il ne fait pas marcher les commerçants du village. Il ne va jamais au pub chez Bob. Le weekend, sa lumière tarde à venir le matin et reste allumée tard le soir. Et pourquoi il ne s’investit dans aucune association, il pourrait…

Mais surtout, que va-t-il faire en ville ?




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Texte  de Guillaume D  sur une photographie de Virginie 




 




La joueuse d'échecs - Bertina Henrichs





Les souvenirs… Ombres pâles ?... Non. Silhouettes vagues d’un paysage en brume ?... Non… Plus proches, plus vifs, plus forcenés à toujours rimer avec le présent, à toujours déterminer l’avenir…
Un homme affairé, manche de chemises retroussées, au cœur de la photo. Il ignore qu’une image vient d’être prise, à cet instant, de lui… Ou peut-être fait-il semblant d’être occupé à autre chose ?... J’ignore tout de lui, et si une photo est prise à cet instant où il nettoie, ou répare, un objet que l’on devine à peine sur l’image, si une photo est prise c’est pour que son geste ne pâlisse pas, pour que ses mains soient enfin visibles ; ouvertes et qui ne tremblent pas, il a l’attitude calme et sereine d’un homme à l’ouvrage maîtrisé…
Mise en scène moins sereine. On dirait que cet homme n’est pas surpris, n’a pas conscience de l’objectif même ; la photo ne dérange pas son travail, elle l’expose, tremblante. C’est d’une main qui tremble, peut-être, qu’elle fut prise, attentive à cet homme, grand-père ou père à l’ouvrage face au fils, dont le regard inquiet semble tout attendre du père…
La clope au bec, il a l’assurance que son fils n’aura jamais. Toute la famille retient son souffle à chaque volute de fumée expirée par le père. Une femme regarde l’objectif, inquiète d’une enfant en charge de prendre la photo : va-t-elle réussir à saisir l’image du père ? Il faut qu’elle prenne l’appareil photo, et ce n’est pas sans angoisse qu’elle est allée le chercher sur le buffet, dans le salon.
Il faut qu’elle lève les yeux, qu’elle pose ses yeux sur lui. Ce sera la première fois : elle n’a encore jamais fixé son visage, ou peut-être quelquefois, sans qu’il s’en rende compte… Elle n’a jamais pu soutenir son regard sans baisser rapidement les yeux au moment où il les posait sur elle… Elle se détournait toujours très vite, et lui-même ne s’attardait pas franchement sur elle : quand il la regardait, c’était avec des yeux perdus qui semblaient scruter derrière sa fille d’autres visages…
Mais cette fois c’est lui qui lui a demandé de saisir l’objectif et de prendre une photo, la photo près du pilier en fleurs d’où débordent les branches et fleurs fanées, mourant juste en dessous de lui. Elle a couru, tremblante, pour chercher l’appareil. Elle sait que cette photo, c’est pour lui… Quand elle revient sur la terrasse, tout juste en face du petit groupe, l’appareil en main, son père ne la regarde déjà plus, il n’a même pas levé la tête quand elle s’est précipitée vers le salon, a renversé deux verres pour revenir en face de lui…
Il ne lève toujours pas les yeux. Alors, elle se décourage : pourquoi lui a-t-il demandé de prendre une photo ? Et lui a-t-il vraiment demandé ? Elle n’a pas remarqué qu’en maugréant son ordre il a, ensuite, levé la tête pour la regarder partir.
Elle est face à lui, il ne lève pas les yeux ; alors doucement elle lève l’objectif, le porte doucement à hauteur du visage de son père et pose longuement le regard sur lui. Elle reste ainsi, l’objectif maintenu braqué vers son père. Elle n’appuie pas, aucun mécanisme ne se déclenche.
« Qu’est-ce que tu attends ? Allons ! Prends la photo et pose ça ! » lui lance l’une des femmes du groupe.
Elle ne bouge pas, l’œil mécanique rivé sur son père, il ne lève toujours pas les yeux sur elle. Elle le regarde continuer à vivre sans elle. Et tandis qu’elle s’apprête à reposer l’appareil sans que nulle photo ne soit prise, elle l’entend murmurer, de manière presque indicible : « Ah cette photo ! La poussière lui colle à la peau ! On n’y voit plus rien ! » dit-il en essuyant le cadre de la photographie entre ses mains.
Certains visages ont pu réapparaitre. La photo, enfin nettoyée par la main du père, révèle à nouveau ses visages. Effrayé par l’image d’une vieille femme qui vient de surgir entre les mains du père, le petit garçon prend un air inquiet, à la limite du dégoût. Décidément, ces photos qui font resurgir le passé, ont un pouvoir infini sur le présent !...
L’ombre se dissipe, la poussière disparaît… Le visage affaibli, digne, quoique creusé par l’âge, d’une femme bien coiffée, surgit entre les mains du père. Plutôt que l’ombre, plutôt que le silence, c’est la vie, le sang usé par la force du temps, mais toujours battant au creux des tempes, c’est cette vie qui surgit !
Alors, tremblante, face au père qui ne lève pas les yeux, elle appuie sur le bouton de l’appareil qui délivre une image brisant l’ombre et le silence : une photo exposée à la pluie, image offerte au jour où s’ébauche le père à son ouvrage maîtrisé dont il tente d’enlever la poussière…
Les souvenirs… Ombres pâles ?... Non. Silhouettes vagues d’un paysage en brume ?... Non… Plutôt des yeux crevant la nuit, visages émergeant du silence avec la netteté d’un ange au plafond des chapelles, avec la netteté d’un ange déchu… Il y a ces yeux vifs qui font reculer d’horreur le petit gars aux côtés du père ; il y a ces ombres et branches mourantes, mais rien de pâle ! Tout est là, vif, ravageur, émergeant de la nuit avec la netteté d’un trait de lumière !
Le père ne lève pas les yeux, il ne peut pas les ouvrir, car il découvre, au milieu des stries noirâtres et tas de poussières, le visage de sa mère aux traits profonds, incroyablement ciselés, vifs et éclatants. Le passé prend la forme de ce visage.
On prend une photo du père, on bâtit un monde autour d’un instant captivé. Tout affairé, embrigadé par le passé… Quand la photo de lui fut prise, il était ailleurs, profondément distrait, étranger au présent : le passé s’est déployé à partir de ce cadre et a envahi son monde.
Il n’a pas levé les yeux sur elle, tout occupé à autre chose, il devait d’abord enlever la poussière. Alors aujourd’hui, en regardant cette photo, elle doit sans doute échapper au présent, ne plus entendre ce que je dis, ce qui se dit, car peu à peu le passé surgit et la plonge hors du moment, hors de l’instant, tremblante, comme au temps où la photo fut prise… 





Guillaume D

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Texte de R sur une photographie de G

Ce que le Jour doit à la Nuit de Yasmina Khadra - Yasmina Khadra








Pressé je cherchais mes clefs, un carnet était tombé d’un tiroir,
une photographie s’en était échappé.
Je ne me souvenais plus de cette photo,
je devais avoir sept ou huit ans,
je fermais les yeux, ces mêmes yeux je les ferme aujourd’hui pour me souvenir.

j’entends les remous de l’eau,
c’est celle d’un lac, oui un lac,
tout est paisible,
des oiseaux blancs viennent en effleurer la surface.

Clapotis contre la coque,
je suis sur un bateau,
c’est cela un bateau
Brouhaha,
nous sommes plusieurs,
un camarade avait certainement pris cette photo de sortie de classe,
quel était son nom ? Son prénom ?

Nuit sous mes paupières,
sur un écran défilent des visages,
lui c’était André et puis ….
Paul non ce n’était pas lui….
Et lui comment s’appelait-il déjà ?
Oui Alex !
Certainement pas Alex je ne l’aimais pas du tout lui !
et elle ? Elle c’était Aurore….
On était tous un peu…beaucoup…. amoureux d’Aurore,
mais elle ne m’aurait jamais pris en photo.

Puis un autre visage envahit tout l’écran,
les traits étaient flous mais le regard …
ces yeux bleu vert me regardaient derrière des verres épais,
bleu vert exactement comme les reflets de ce lac que l’on peut voir sur la photo.

Ce visage était celui de madame Lefebvre
l’institutrice, mais j’avais oublié sa voix.

Ce dont je me souvenais en cet instant c’est cette sensation de déséquilibre, et puis cette légère nausée qui m’avait agrippé le ventre.

Je n’étais jamais monté sur un bateau auparavant,
j’ai toujours eu peur de l’eau, et cet air contrarié que l’on peut voir sur la photo était certainement l’expression de ce malaise,
malaise que je ressentais encore à chaque fois que mes pieds n’étaient plus sur la terre ferme, mais je n’avais jamais parlé de cette phobie de l’eau à personne….

« Tu viens , on va être encore en retard , qu’est-ce que tu fais ? » 
La voix de mon amie pulvérisa l’écran sous mes paupières,
Madame Lefevre sombra au fond du lac ….

« J’arrive, je regardais une ancienne photo »

« Je la connais ? (Elle me la prend des mains et  s’exclame « Tu es trop chou sur cette photo ! mais pourquoi as-tu l’air si triste ? »

« Justement j’essayais de m’en souvenir….. »

« et ? …..»
« Rien …….On file tu as raison on va être en retard ! »


  R





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ATELIER DU 14 Juillet 2021  Lyon participants : VD - GD - GP - RD Matériel mis à disposition :  40 fragments extraits de débuts de poèmes an...