ECRITURE EXPERIMENTALE SUR DES PHOTOS BIOGRAPHIQUES
Chaque participant et participante de cet atelier devait écrire un court récit en une heure sur une photographie ou un jeu de photographies de famille appartenant à un autre participant ou participante.
(Ceci afin d’éviter d'écrire sur sa propre histoire).
Une citation numérotée également était choisie par chaque écrivant(e)
cette citation pouvant orienter le récit.
La séance d'écriture a été rituellement suivie d'une lecture à voix haute pour le partage des textes.
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Texte de Muriel sur une photo de Roland
(il y avait un fichier sonore d'une belle qualité mais impubliable sur ce blog malheureusement )
2019-
Il pleut
J’écoute la pluie sur
le toit
Il pleut
Allumer la cheminée
Il va neiger
Peut-être
Je ferme les yeux
Il pleut
Sur mes joues fatiguées
Ça pluie
Jusque sur mes mains
Ça coule
1969
Soleil sur la maison de
mon oncle et de ma tante
Assise par terre dans
le jardin
Je pose
Avec un dahlia en
premier plan
Mes frères sont là
Ils posent
Nous posons
Tu reposes
La rentrée des classes arrive
Bientôt
Il faudra
Reposer
Pour la photo de classe
Reposée
Je suis
Sur la terre du jardin
Avec
Toi
2019-
Ranger
Trier
Vider
Mettre du bois
Ne pas oublier
Il va neiger
Se concentrer
Laisser de côté
La photo oubliée
Y revenir quand tout
sera fini
Ranger trier vider
Respirer
Trois temps
Au nom du père - des
frères et de ma chair réveillée
1969
Le jardin
Chaque matin je cours
respirer l’odeur de la terre dans son bain de rosée
J’y vais pieds nus
Sans un bruit
Parfois je me mets à côté
des pompons jaunes
Je promène ma peau sous
ces flocons de soleil
Délicatement j’arrache
une fleur
Double
Et dans mes mains je la
roule
Je me soûle de ce
mouvement
Mais très vite
Il n’y a plus qu’une
petite boule humide
Au creux de ma main
Je la jette
On m’a dit que c’est
une fleur du Japon
Un jour j’irai peut-être
au Japon
Quand je serai grande
J’irai dans les jardins
avec mon amoureux
Personne ne pourra m’en
empêcher
D’autre fois
Je souffle sur le gros
dahlia
L’invente marquise
Inconsciente de la
misère des petites fleurs sauvages qui
Poussent
Chaque jour
Sur les cailloux
Où le soleil tape tape
Comme la hache qui
frappe mes oreilles d’enfant
20019
Couper du bois pour la
cheminée
Il va neiger
Faire du petit bois
Pour que le feu prenne
vite
Sortir et sur le billot
Prendre une buche
Prendre la petite hache
Tenir la buche à sa
base
Et d’un coup sec
Planter la hache dans
le bois
Lever la buche
harponnée à la hache et
laisser s’abattre le
tout sur le billot
Ramasser les deux
morceaux
Et recommencer
J’entends mon souffle
qui rejoint celui d’hier
J’entends l’avant qui
revient dans mes mains
1969
Je déteste cette maison
Mon oncle et ma tante
en sont si fiers
Elle sent mauvais
Un mélange de javel et
de choux
Le couloir est froid
Le canapé colle aux
cuisses
La cave est
monstrueusement cimentée
Et la salle de bain me
fait peur depuis qu’une grosse araignée s’est enfuie à mon arrivée dans le bac
de douche
Je ne dis rien
Mais quand j’y vais
Je ne me lave pas
De toute façon je sens
moins mauvais que cette maison
Ces murs sans âmes
attrapent toutes les âmes joyeuses du jardin
Les broies les noient
Ça fissure sous le
papier peint
Il boursoufle quand j’y
passe les doigts
Et puis le soir
C’est toujours des
anchois
2019-
Le feu
Doux et fort
Je me laisse me réchauffer
Une main dans l’autre
Je souris
Je les sens tous les
deux
L’un me frôle
En miroir
Âme sœur
L’autre
Flamme jumelle
Rebelle
S’écarte
Mes frères
On a rien dit de notre
secret
Sur la photo
On ne voit rien
Tout est écrit dans la
chair
Dans le sang
Dans la mer
On gardera la vérité
dans nos pieds cachés dans la terre
1969
C’est
vide
Il
n’y a rien
Juste
la hache qui
S’abat
2019
Mon ami
Mon âme
Ma blessure
Pourquoi m’avoir envoyé
cette photo
Il y a tant d’années
On faisait des repas de
famille
On jouait aux boules
Pétanque
On allait à la pêche et
parfois
On aller faire un
tiercé avec le vieux
On faisait semblant
d’être heureux
Et parfois même
On l’était
Mon ami mon âme
Ma blessure
Il pleut
Pourquoi suis-je restée
chez eux
J’aurais pu aller avec
toi
En pension
Pourquoi ils nous ont
séparés ?
Ça brûle dans la
cheminée
Comme les orties que tu
m’apprenais à cueillir
J’ai mis du temps à
comprendre comment ne plus me faire piquer
Je regarde cette photo
Je retrouve le sourire
Le même
Bien sûr que tu peux
venir ce soir
Je te présenterai mon
compagnon
Mon amour
Mon ami
Mon amant
Mon mari
Viens juste avec un
bouquet de dahlias
Muriel C
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Texte de Grégory P sur des photographies de Muriel
Le parfum de l'âme, c'est le
souvenir.
Citation de George Sand ; Les lettres d'un voyageur (1834)
Peu de détails s’accrochent à l’enfance,
peu de vérités irradient la mémoire au point de s’ancrer comme une réalité
profonde des faits. Plonger dans son enfance est une progression d’apnéiste où
la grande profondeur va de pair avec la fragmentation du soleil extérieur, la
parcellisation des souvenirs, classés par sens, par récits, quelques mensonges
parfois que l’un ou l’autre laissent flotter et qui participent à la mythologie
familiale.
Ces quelques étincelles de souvenirs se
fixent sur les temps longs, les événements répétés, des décors omniprésents,
ces instants perçus comme des gloires de tendresse, quelques pics de chagrin
que le temps s’efforce de polir. Au fond de la boîte crânienne les douleurs
sont moins tranchantes, l’esprit se défend, il émousse. -légitime défense-.
Et puis, au gré d’un basculement, dans la
déflagration d’une disparition, au cours de la vente d’un écrin aux pierres
apparentes, parfois dans la simple exploration d’un débarras laissé à l’abandon
par les rapides excroissances du quotidien on découvre des boîtes en fer blanc,
de petits éclats de mémoires vives, rectangles, carrés, des secondes figées,
parfois collées entre elles par la lourdeur de l’attente.
Il n’en faut pas plus pour rebattre les
cartes. Les échelles se réduisent, s’annulent, les points de fixation qui
planaient comme des certitudes refond débat, la charpente se tord, gagne des
appuis, en perd de nouveaux. La mosaïque se recompose. -et si les photos
mentaient ?-
J’aurais pourtant juré que c’était moi qui
portais ce jour-là la robe rouge à pois blancs, sourires tout en soleil devant
l’explosion du massif de Dahlias. J’aurais pu témoigner de la céleste hauteur
de cette grange, de la largeur amazonienne de cette cascade qui imposait son
remous à l’armée des roseaux, la jungle du sous-bois où nous partions jouer les
aventurières : ces lierres angoissants, ces tricots de troncs noueux qui
sont restés dans nos yeux comme autant de micro-terreurs que nous entretenions,
soigneusement. Nos fausses nouvelles de cousines, de sœurs, de feux-follets qui
avec bonheur ont participé à l’écriture de nos romans intimes.
Finalement -vrais ou faux- la masse des
souvenirs qui restent ne sont que le parfum de l’âme, un résidu concentré,
presque le résultat d’une distillation.
Après la marée des souvenirs, des oublis,
des doutes, voici le second couteau de la distance. Ces clichés statufiés dans
leur pose, volés au temps aléatoire d’un dîner ou d’un apéritif me semblent
soudain s’extraire d’une autre vie, lointaine, d’un écosystème qui n’est plus,
froissé, une bouille de fille inconnue réduite à l’état de mélange chimique sur
un rectangle de papier.
La photographie n’est plus un événement de
nos jours, elle a versé dans le banal, la mitraille aléatoire, loin de
s’imaginer que ces prélèvements désinvoltes du présent constitueront peut-être
les clefs de voûte d’un nouveau puzzle intérieur.
Je l’observe, elle, bien droite dans sa
robe ténébreuse. Le décor peint, le guéridon qui a du servir mille fois et qui
doit habiter la moitié des albums de famille de la région tant les photographes
étaient rares. L’arrière-grand-mère lors du grand jour, face à la lentille
moderne d’un nouveau siècle. Pouvait-elle se douter, la main sur la hanche, que
cent ans plus tard elle parfumerait encore mon âme ?
Gregory P
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Texte de Régis sur une photographie de Gregory P
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Texte de Régis sur une photographie de Gregory P
Blymey !
What’s he doing here ?
Ça riait, ça
causait, ça se saluait, ça s’invectivait. Mais le brouhaha se faisait plus
insaisissable au fur et
à mesure que mon regard se figeait, ne
pouvait plus se détourner. « How’s
everything doing ? » Un bruit de fond maintenant, qui
m’invisibilisait presque. Je m’extrayais de la scène, mon inspection se
morcelait. « It’s gonna be a slendid
day, for sure. » Je ne suivais plus le flot. J’étais sur une île avec
la foule qui ruisselait autour.
J’étais déjà familier de ce sentiment que
je taisais. J’avais à plusieurs reprises ressenti l’ivresse du saumon à contre-courant.
Lui, il n’aimait
pas. Sans un mot.
Je m’étais
préparé.
Il avait insisté
pour que le blanc fût immaculé. Il y aurait du monde, tout le village allait
être là, il fallait se tenir propre. L’idée me plaisait. Pas celle du
village qui allait scruter, disséquer, critiquer. Celle de la netteté qui sent
bon, du vrai luxe : happer des effluves sophistiquées que la nature
n’exhalait pas. Les tubéreuses, fleuries, boisées de mes jeux en forêt en
étaient exclues.
Maman avait utilisé de la Soupline.
Elle ne voulait pas que le frottement du
col puisse marquer. Nous partagions le même diaphane marbré de rougeurs qui
trahissaient notre sensibilité et notre délicatesse. De façon très sûre, son
geste éternisait notre lien et elle était heureuse que j’en saisisse la portée.
Lui avait renoncé, étranger.
Bleus,
le ciel, la casquette, le polo, mes yeux. Comme les siens. C’était le seul écho
qui résonnait entre nous. A l’école, ils m’enviaient tous. Il était tellement
engagé, tellement dévoué, tellement disponible. Que des talents, pas de faille,
leur admiration était sans borne. Il ne ressemblait en rien à leur père.
Mais moi, je ne m’étais jamais senti
accueilli. Je me pliais à ses loisirs, ses goûts, ses envies pour espérer voir
s’entrouvrir une brèche. Mais je me sentais hors lignée.
Que fait l’instituteur ici ?
Il porte toujours son bracelet en
cuivre vissé au poignet. Ses boucles sont un peu trop folles, trop longues, sa
barbe un peu trop libre. D’ordinaire, il ne participe pas aux événements du
village. On le voit souvent conduire sa voiture tard le soir pour ce qui
ressemble à une escapade en ville.
On ne sait que penser.
Les élèves sont pourtant enthousiastes et
personne ne peut lui ôter un vrai talent. Il sait calmer les plus sanguins et
éveiller l’intérêt des moins concernés. Mais il vit bizarrement. Il ne fait pas
marcher les commerçants du village. Il ne va jamais au pub chez Bob. Le
weekend, sa lumière tarde à venir le matin et reste allumée tard le soir. Et
pourquoi il ne s’investit dans aucune association, il pourrait…
Mais surtout, que va-t-il faire en
ville ?
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Texte de Guillaume D sur une photographie de Virginie
Texte de Guillaume D sur une photographie de Virginie
La joueuse d'échecs - Bertina
Henrichs
Les souvenirs… Ombres
pâles ?... Non. Silhouettes vagues d’un paysage en brume ?... Non…
Plus proches, plus vifs, plus forcenés à toujours rimer avec le présent, à
toujours déterminer l’avenir…
Un homme affairé, manche de chemises retroussées, au
cœur de la photo. Il ignore qu’une image vient d’être prise, à cet instant, de
lui… Ou peut-être fait-il semblant d’être occupé à autre chose ?...
J’ignore tout de lui, et si une photo est prise à cet instant où il nettoie, ou
répare, un objet que l’on devine à peine sur l’image, si une photo est prise
c’est pour que son geste ne pâlisse pas, pour que ses mains soient enfin
visibles ; ouvertes et qui ne tremblent pas, il a l’attitude calme et
sereine d’un homme à l’ouvrage maîtrisé…
Mise en scène moins sereine. On dirait que cet homme
n’est pas surpris, n’a pas conscience de l’objectif même ; la photo ne
dérange pas son travail, elle l’expose, tremblante. C’est d’une main qui
tremble, peut-être, qu’elle fut prise, attentive à cet homme, grand-père ou
père à l’ouvrage face au fils, dont le regard inquiet semble tout attendre du
père…
La clope au bec, il a l’assurance que son fils n’aura
jamais. Toute la famille retient son souffle à chaque volute de fumée expirée
par le père. Une femme regarde l’objectif, inquiète d’une enfant en charge de
prendre la photo : va-t-elle réussir à saisir l’image du père ? Il
faut qu’elle prenne l’appareil photo, et ce n’est pas sans angoisse qu’elle est
allée le chercher sur le buffet, dans le salon.
Il faut qu’elle lève les yeux, qu’elle pose ses yeux
sur lui. Ce sera la première fois : elle n’a encore jamais fixé son
visage, ou peut-être quelquefois, sans qu’il s’en rende compte… Elle n’a jamais
pu soutenir son regard sans baisser rapidement les yeux au moment où il les
posait sur elle… Elle se détournait toujours très vite, et lui-même ne
s’attardait pas franchement sur elle : quand il la regardait, c’était avec
des yeux perdus qui semblaient scruter derrière sa fille d’autres visages…
Mais cette fois c’est lui qui lui a demandé de saisir
l’objectif et de prendre une photo, la photo près du pilier en fleurs d’où
débordent les branches et fleurs fanées, mourant juste en dessous de lui. Elle
a couru, tremblante, pour chercher l’appareil. Elle sait que cette photo, c’est
pour lui… Quand elle revient sur la terrasse, tout juste en face du petit
groupe, l’appareil en main, son père ne la regarde déjà plus, il n’a même pas
levé la tête quand elle s’est précipitée vers le salon, a renversé deux verres
pour revenir en face de lui…
Il ne lève toujours pas les yeux. Alors, elle se
décourage : pourquoi lui a-t-il demandé de prendre une photo ? Et lui
a-t-il vraiment demandé ? Elle n’a pas remarqué qu’en maugréant son ordre
il a, ensuite, levé la tête pour la regarder partir.
Elle est face à lui, il ne lève pas les yeux ;
alors doucement elle lève l’objectif, le porte doucement à hauteur du visage de
son père et pose longuement le regard sur lui. Elle reste ainsi, l’objectif
maintenu braqué vers son père. Elle n’appuie pas, aucun mécanisme ne se déclenche.
« Qu’est-ce que tu
attends ? Allons ! Prends la photo et pose ça ! » lui
lance l’une des femmes du groupe.
Elle ne bouge pas, l’œil mécanique rivé sur son père,
il ne lève toujours pas les yeux sur elle. Elle le regarde continuer à vivre
sans elle. Et tandis qu’elle s’apprête à reposer l’appareil sans que nulle
photo ne soit prise, elle l’entend murmurer, de manière presque
indicible : « Ah cette photo ! La poussière lui colle à la
peau ! On n’y voit plus rien ! » dit-il en essuyant le cadre de la
photographie entre ses mains.
Certains visages ont pu réapparaitre. La photo, enfin
nettoyée par la main du père, révèle à nouveau ses visages. Effrayé par l’image
d’une vieille femme qui vient de surgir entre les mains du père, le petit
garçon prend un air inquiet, à la limite du dégoût. Décidément, ces photos qui
font resurgir le passé, ont un pouvoir infini sur le présent !...
L’ombre se dissipe, la poussière disparaît… Le visage
affaibli, digne, quoique creusé par l’âge, d’une femme bien coiffée, surgit
entre les mains du père. Plutôt que l’ombre, plutôt que le silence, c’est la
vie, le sang usé par la force du temps, mais toujours battant au creux des
tempes, c’est cette vie qui surgit !
Alors, tremblante, face au père qui ne lève pas les
yeux, elle appuie sur le bouton de l’appareil qui délivre une image brisant
l’ombre et le silence : une photo exposée à la pluie, image offerte au
jour où s’ébauche le père à son ouvrage maîtrisé dont il tente d’enlever la
poussière…
Les souvenirs… Ombres pâles ?... Non. Silhouettes
vagues d’un paysage en brume ?... Non… Plutôt des yeux crevant la nuit,
visages émergeant du silence avec la netteté d’un ange au plafond des
chapelles, avec la netteté d’un ange déchu… Il y a ces yeux vifs qui font
reculer d’horreur le petit gars aux côtés du père ; il y a ces ombres et
branches mourantes, mais rien de pâle ! Tout est là, vif, ravageur,
émergeant de la nuit avec la netteté d’un trait de lumière !
Le père ne lève pas les yeux, il ne peut pas les
ouvrir, car il découvre, au milieu des stries noirâtres et tas de poussières,
le visage de sa mère aux traits profonds, incroyablement ciselés, vifs et
éclatants. Le passé prend la forme de ce visage.
On prend une photo du père, on bâtit un monde autour
d’un instant captivé. Tout affairé, embrigadé par le passé… Quand la photo de
lui fut prise, il était ailleurs, profondément distrait, étranger au présent :
le passé s’est déployé à partir de ce cadre et a envahi son monde.
Il n’a pas levé les yeux sur elle, tout occupé à autre
chose, il devait d’abord enlever la poussière. Alors aujourd’hui, en regardant
cette photo, elle doit sans doute échapper au présent, ne plus entendre ce que
je dis, ce qui se dit, car peu à peu le passé surgit et la plonge hors du
moment, hors de l’instant, tremblante, comme au temps où la photo fut
prise…
Guillaume D
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Texte de R sur une photographie de G
Ce que le Jour doit à la Nuit de
Yasmina Khadra - Yasmina Khadra
![]() |
Pressé je cherchais mes
clefs, un carnet était tombé d’un tiroir,
une photographie s’en était échappé.
Je ne me souvenais plus de cette photo,
je devais avoir sept ou huit ans,
je fermais les yeux, ces mêmes yeux je les ferme aujourd’hui pour me souvenir.
j’entends les remous de l’eau,
c’est celle d’un lac, oui un lac,
tout est paisible,
des oiseaux blancs viennent en effleurer la surface.
Clapotis contre la coque,
je suis sur un bateau,
c’est cela un bateau
Brouhaha,
nous sommes plusieurs,
un camarade avait certainement pris cette photo de sortie de classe,
quel était son nom ? Son prénom ?
Nuit sous mes paupières,
sur un écran défilent des visages,
lui c’était André et puis ….
Paul non ce n’était pas lui….
Et lui comment s’appelait-il déjà ?
Oui Alex !
Certainement pas Alex je ne l’aimais pas du tout lui !
et elle ? Elle c’était Aurore….
On était tous un peu…beaucoup…. amoureux d’Aurore,
mais elle ne m’aurait jamais pris en photo.
Puis un autre visage envahit tout l’écran,
les traits étaient flous mais le regard …
ces yeux bleu vert me regardaient derrière des verres épais,
bleu vert exactement comme les reflets de ce lac que l’on peut voir sur la photo.
Ce visage était celui de madame Lefebvre
l’institutrice, mais j’avais oublié sa voix.
Ce dont je me souvenais en cet instant c’est cette sensation de déséquilibre, et puis cette légère nausée qui m’avait agrippé le ventre.
Je n’étais jamais monté sur un bateau auparavant,
j’ai toujours eu peur de l’eau, et cet air contrarié que l’on peut voir sur la photo était certainement l’expression de ce malaise,
malaise que je ressentais encore à chaque fois que mes pieds n’étaient plus sur la terre ferme, mais je n’avais jamais parlé de cette phobie de l’eau à personne….
« Tu viens , on va être encore en retard , qu’est-ce que tu fais ? »
La voix de mon amie pulvérisa l’écran sous mes paupières,
Madame Lefevre sombra au fond du lac ….
« J’arrive, je regardais une ancienne photo »
« Je la connais ? (Elle me la prend des mains et s’exclame « Tu es trop chou sur cette photo ! mais pourquoi as-tu l’air si triste ? »
« Justement j’essayais de m’en souvenir….. »
« et ? …..»
« Rien …….On file tu as raison on va être en retard ! »
R
une photographie s’en était échappé.
Je ne me souvenais plus de cette photo,
je devais avoir sept ou huit ans,
je fermais les yeux, ces mêmes yeux je les ferme aujourd’hui pour me souvenir.
j’entends les remous de l’eau,
c’est celle d’un lac, oui un lac,
tout est paisible,
des oiseaux blancs viennent en effleurer la surface.
Clapotis contre la coque,
je suis sur un bateau,
c’est cela un bateau
Brouhaha,
nous sommes plusieurs,
un camarade avait certainement pris cette photo de sortie de classe,
quel était son nom ? Son prénom ?
Nuit sous mes paupières,
sur un écran défilent des visages,
lui c’était André et puis ….
Paul non ce n’était pas lui….
Et lui comment s’appelait-il déjà ?
Oui Alex !
Certainement pas Alex je ne l’aimais pas du tout lui !
et elle ? Elle c’était Aurore….
On était tous un peu…beaucoup…. amoureux d’Aurore,
mais elle ne m’aurait jamais pris en photo.
Puis un autre visage envahit tout l’écran,
les traits étaient flous mais le regard …
ces yeux bleu vert me regardaient derrière des verres épais,
bleu vert exactement comme les reflets de ce lac que l’on peut voir sur la photo.
Ce visage était celui de madame Lefebvre
l’institutrice, mais j’avais oublié sa voix.
Ce dont je me souvenais en cet instant c’est cette sensation de déséquilibre, et puis cette légère nausée qui m’avait agrippé le ventre.
Je n’étais jamais monté sur un bateau auparavant,
j’ai toujours eu peur de l’eau, et cet air contrarié que l’on peut voir sur la photo était certainement l’expression de ce malaise,
malaise que je ressentais encore à chaque fois que mes pieds n’étaient plus sur la terre ferme, mais je n’avais jamais parlé de cette phobie de l’eau à personne….
« Tu viens , on va être encore en retard , qu’est-ce que tu fais ? »
La voix de mon amie pulvérisa l’écran sous mes paupières,
Madame Lefevre sombra au fond du lac ….
« J’arrive, je regardais une ancienne photo »
« Je la connais ? (Elle me la prend des mains et s’exclame « Tu es trop chou sur cette photo ! mais pourquoi as-tu l’air si triste ? »
« Justement j’essayais de m’en souvenir….. »
« et ? …..»
« Rien …….On file tu as raison on va être en retard ! »
R
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