lundi 3 février 2020



PROPOSITION  avec   SUPPORT LITTÉRAIRE   Février 2020


Vous êtes las, parfois excédé d’entendre les mêmes poncifs, les mêmes jugements hâtifs, réflexions mile fois répétées qui ne semblent être jamais remises en question.

En vous appuyant sur la nouvelle de Dino Buzzati  "le chien de tableaux " écrivez un récit  où vous  exprimerez votre lassitude, votre indignation en utilisant soit l’humour (du plus simple au plus sarcastique) soit si l’humour n’est pas votre domaine par le truchement d’une fable ou toute autre forme de récit  (dialogues, monologue, témoignage) qui par la mise à distance démontrerait l’absurdité et la déconnexion au réel de ces lieux communs.




La femme de pierre 


Longuement elle regardait la statue au centre du jardin botanique. Ses yeux fixes se mouillaient de façon inexplicable. Un homme sans âges et sans abri la mirait du coin de l’œil depuis un certain temps. Ses yeux secs pétillaient d’une jubilation sans rapport avec ce que l’on voyait de sa situation – une vieille couverture matelasser dont le molleton dégueulait allègrement dans les coins - deux chats écailles de tortues avec des petits colliers roses et jaunes – deux soucoupes de croquettes en forme d’arêtes de poisson, un sac de migrant qui servait de tapis pour le réchaud avec sa bouteille bleue, une casserole en aluminium – n’en déplaise au écologistes – un mélange de pain de toutes sortes dans un saladier qui ressemblait plus au seau qu’utilisait mon père pour mettre ses appâts lorsqu’il allait à la pêche à la carpe qu’au saladier du service de mariage de ma tante vénérée – morte  ,Dieu ait son âme, contaminée par un étrange virus chinois venu on ne sait comment dans sa grande maison bourgeoise du Luberon.
Mais revenons à nos trois protagonistes. Commençons par la statue. Une femme, de toute évidence, qui pourtant se retrouve munie d’une paire d’ailes. Les anges n’ayant pas de sexe, cet attribut semble nous indiquer que l’artiste semblait penser le contraire. À moins que cela ne soit juste un exercice de style pour nous parler d’une fée, car chacun sait que les fées volent de branche en branche, comme des écureuils cherchant un repaire pour cacher leurs aliments – et comme ils sont régulièrement frappés d’amnésie dont l’origine, comme celle du virus chinois, reste un mystère – ils recommencent leur vol d’arbre – en arbre. Je ne me permettrais pas de juger les effractions de ces animaux au demeurant fort sympathiques, bien que solitaires - ni l’ambiguïté sous-jacente à ce mot : vol –
– vol d’hirondelle qui ne fait pas le printemps – vol à voile au-dessus de ces coquilles de noix servant de cales et voguant sur les vagues pleins de bipèdes sans ailes et sans nageoires – vol de jeunes elles – pour une traite qui est tout sauf blanche et dont les ailes de la statue restent un rêve sans espoir – vol-li-ère – où l’oiseau un fil à la patte – se fracasse les ailes contre les grillages de l’animalerie du jardin des plantes -
bref, la statue semble être un objet inépuisable des projections humaines de toutes sortes. Mystique – oui l’évidence des ailes et de la spiritualité n’est plus à démontrer, je viens de l’illustrer avec ces vols - voiles qui ne cesse de voler là où « le vent souffle où il le veut » – érotique - une femme est par définition un objet sexuel – elle a d’ailleurs les seins à l’air, une main sur son sexe, l’autre semblant indiquer le ciel – peut-être attend-elle la fécondation des Dieux
Maternelle – la source – la nature, etc.…
Pourtant celle qui regardait la statue semble échapper à tout ce qui est décrit ci-dessus.

Donc effaçons tout ce verbiage et contentons-nous d’observer ce qui se montre à nous- comparons la femme regardante et la femme regardée, je veux dire la femme ailée de pierre. Euh non. Pour plus de clarté, même si cela sonne moins poétique, nous choisirons de dire la femme de pierre ailée – bien que … ou plutôt la pierre de la femme ailée – la pire femme liée à la pierre – la pire pierre de femme liée –

Revenons au phénomène: la femme qui regarde la femme ailée est voilée.
La femme de pierre aux seins nus regarde la femme voilée - La femme voilée à les yeux humides.
Celle avec les ailes à les yeux secs - La femme aux yeux humides ne bouge pas - L’autre non plus, même si elle a des ailes - La femme qui ne bouge pas à tout de même son voile qui bouge avec le vent – la femme aux ailes n’a rien qui bouge – oublions le mythe avec le cœur qui bat dans la pierre – cette histoire est incohérente et sans fondement sérieux – la femme au voile qui bouge semble ne pas respirer – comme celle aux yeux de pierre. Au vu de ces observations, nous pouvons prétendre que ces deux femmes de matières différentes sont toutes deux immobiles, donc mortes.

C’est là qu’arrive le troisième protagoniste. Celui qui fait sa popote avec son réchaud de camping. Lui est vivant puisqu’il bouge. Et mange. Et parle à ses chats – vivants aussi, car celles-ci – des femelles – écailles de tortues c’est féminin – ronronnent. Lui, il observe comme moi, la situation. Le temps semble suspendu, il regarde le voile bouger, ou la femme cachée dans son voile, ou celle cachée dans la pierre. Il regarde en direction des deux .
Et il rit.
Comme s’il voyait quelque chose qui échapperait à notre œil averti, à notre pensée aigüe, à notre verbe affûté, et notre présence solaire.
Sans nous vexer, avec dignité, nous attendons patiemment que cet être, un peu répugnant il faut bien le dire, nous dévoile un peu plus son « je » – nous savons que l’information est capitale.
(capital souvenons nous que cela vient du mot capitas , tête,  ville principal de notre géographie corporelle entre autres –  mais cela peut être aussi la cape rouge du torero – à demi italien –)
gardons le cap et souvenons-nous que des milliers d’internautes nous suivent en direct pour comprendre un peu mieux ces êtres qui ont choisi de n’être pas …
ah, mais ça bouge
on zoom sur la statue
Oui
c’est incroyable
absolument fabuleux
La statue bouge
alors que
oui
l’autre femme
celle qui mouille ses yeux
qui ne bougent toujours pas
Oui
incroyable
la femme de pierre ailée enlève ses ailes
elle les pose à terre
comme si elles déposaient les armes
elle pousse
oui elle pousse la femme voilée
la pauvre femme titube
bascule
elle git maintenant à terre
la tête fracassée
les membres disloqués
un pied a volé à quelques mètres d’elle
son voile s’est accroché sur la branche d’un arbre
un douglas
un écureuil est dérangé dans sa dégustation de noisette XXL
Oui
c’est terrible
je suis consterné
caché dans un buisson
spectacle terrifiant …zzzzz….me fait trembler de …zzzz….. mais regarder…zzzzz…. l’homme se lève
il lève la main sur la femme amputée de ses ailes
il  lui
lave le visage
la pierre devient chair
c’est extraordinaire
incroyable mes amis ..zzzz… mais ; zzzzz…...plus de réseau ….zzzzz…la 4G..zzzzzz….. elle a…zzzz….. et luisant ….zzzzz… semble…ZZZ…… repérer…zzzz….. pain…zzzz…. blanc…zzzzz….. vanille…zzzzzzzzzzzzz


Muriel  C


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Le jeu de la vie


Des petits pions gisent là. Des chevaux terrassés, quelques fous à lier et une tour émiettée sont à terre, sur la table basse du salon. Des querelles d’injures fusent dans l’air, à en faire crever les fuseaux horaires. Les uns imposent aux autres de se taire. Les pions reprochent aux cavaliers de ne pas avoir assez cavalé pour les protéger - Entre pions c’est aussi savoir se sacrifier pour défendre un tablier en temps de guerre - Mais non il faut faire preuve de solidarité pour mettre en pièce les pièces adverses - Non, vous n’avez rien compris, ça ne dépend pas de nous, si l’on trépasse c’est à cause de la main dirigeante manipulatrice et de ses tours de passe-passe - Peut-être, mais c’est surtout celle de la main ennemie, qui a été plus stratège que la nôtre, il faut trouver un meilleur joueur, une meilleure tête aux doigts agiles, qui nous voudra du bien ! – Ou un autre roi, dans ce cas ! – De toute façon c’est la faute à ces fainéants de pions ! – Non, aux cavaliers ! – Non aux rois ! - C’est bon, taisez-vous les mauvais joueurs, ce n’est pas notre première défaite, on gagnera à la partie suivante…
Toute cette cohue est interrompue par une voix cinglant les cieux : « Échec et mat ! On se refait une partie ? »
« NON ! » lance un des pions qui n’avait rien dit jusqu’ici.
Immense silence. On entend même plus frémir les lances.
« Non, non et non ! Le réel problème est qu’on se concentre tous à sauver le roi au lieu de sauver notre peau. Qu’on se tient à carreau depuis des années. Des siècles même, depuis que ce jeu et ces sales règles ont été inventés. Ces sales règles faites de cases et de castes pour mieux qu’on reste en place, avec toujours ces mêmes trajectoires calculées qu’on essaye de diversifier. Le problème n’est pas si on a gagné ou non la partie, si on a remporté le pari, si on s’est sacrifié pour la patrie. Car dans les deux cas on perd notre vie, on reste sur le parvis. Le problème n’est pas non plus quelle main nous dirige. D’ailleurs, elles changent de camp suivant les tournois. Ça me noie l’estomac, ça me tourne la tête leurs doigts poisseux qui ont plusieurs coups d’avance. Aussi, ça me coupe la panse vos querelles tantôt bien pensantes, tantôt fulminantes. C’est décidé, je me barre de l’échiquier. Je m’en vais parcourir le salon, la maison, le jardin, qui sait au-delà ? J’en ai marre, je me barre de l’échiquier, en quête de ma véritable sculpture. Je ne veux plus être un pion en bas de la hiérarchie, ni même en haut, car la reine et le roi sont aussi perdants. Je me barre de l’échiquier, vous m’entendez. J’ai toujours rêvé d’être une pièce de puzzle. Une pièce qui s’assemble à d’autres pour créer une image commune. Une image où l’âme agit, où l’amitié fait société, autant que la créativité et l’organisation. Où chaque pièce est unique, ne ressemble à aucune autre, libre de naviguer pour s’associer à des compagnons au dessein désirant, là où  le conflit se fait construction. Je veux être une pièce qui se teinte pour faire part au dessin, au jeu de la vie, pour former un grand tout. C’est ça, je ne veux plus être un petit pion de rien du tout, mais la pièce d’un grand Tout. Que ceux qui aiment jouer, ceux qui aime inventer des règles avec autrui, bref que celui qui s’aime lui-même me suive ! Je me barre de l’échiquier, je vous laisse le soin de le cramer. »

Lili Zaza



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« Harmonie du soir »

Il doit faire cinq degrés, tout au plus. Je ne ressens plus mes mains. Si ça continue, si le froid continue à décharner mes mains et mes paupières, je vais les perdre… Cette rue est déserte ; rien ne semble annoncer la venue du soleil. Et si, cette fois, je ne survivais pas à la nuit ?

D’après les Astronomes, la rotation de la Terre devrait mettre fin à ce manège. Mais les prédictions de l’Astronomie se réalisent toujours, c’est ennuyant. Je préfère n’être au courant de rien, ne pas tendre l’oreille et être surpris par l’arrivée du jour… L’espérer, fébrile.

Ai-je encore assez de force pour vivre en musique ?

– Hé ! Musicien ! As-tu encore la force de vivre ? criai-je à un passant au regard sinistrement vide. Il me ressemblait. Mais il a fui d’autant plus vite après m’avoir croisé. Et moi, je n’ai plus la force de le rattraper. Mes mains et mes pieds sont gelés, mon front brûle de toutes les attaques de l’hiver. Ô neiges ! Emportez-le dans sa course terrible !

Je sortis de ma poche un harmonica. Comment en jouerai-je ?

La science ne répond pas à tout, heureusement. Elle ne m’a pas dit pourquoi il fuyait. Qu’est-ce qui, en moi, le faisait fuir ? À part cette bosse énorme sur mon front, mon visage couvert de sang… Ah ! Si j’avais la force et la patience du narrateur des Histoires extraordinaires, alors peut-être aurais-je pu répondre à cette question.

Ce n’est pas la science, c’est moi qui suis faillible. Ceux qui font la science sont des hommes plus forts et plus patients que moi. Moi, je fais de la poésie. Ou plutôt, j’écris des vers. Ce qui, à la réflexion, est une ébauche de réponse à la question que je me posais.

L’important est de faire naître des questions dans la tête des gens. Ce qui les rendra fous, sans doute, mais c’est un risque à courir, et même davantage ! C’est un risque à aimer.

Mais je ne suis pas Socrate ! Voyez un peu comme je me débrouille :
l’autre nuit, il faisait moins froid, je jouais un peu de l’harmonica, ignorant parfaitement si le nom de cet instrument trouve son origine dans « harmonie ». Car j’ai perdu tout mon savoir. Croyez-moi ! Il y a longtemps, j’étais plus savant que bien des hommes.

Aujourd’hui, c’est très bien. Je préfère ne pas savoir. Ne me dites rien, je vous en prie, avec votre science ! Je vous vois venir : vous seriez bien capables, n’est-ce pas ? de m’indiquer un médecin et, pis ! de donner vous-même le diagnostic ! « Cet homme est fou. » Je vous fais peur, sans doute… Très bien. Je ne suis plus seul à avoir peur la nuit.

J’ai ma folie, j’ai l’harmonica. Mais ne m’accusez pas !... Souvent il se met à jouer tout seul. Il est doué, et je n’y suis pour rien. Je n’y suis pour rien !...

Un soir, donc, je jouais, et, brusquement, un inconnu (un pitre celui-là !) me bouscule, sans plus de manière, il me pousse violemment à terre ! Le nez couvert de neige et les oreilles en feu, j’avais encore assez de force pour l’entendre vociférer :

– Monsieur ! J’ignore si « harmonica » vient d’ « harmonie », mais vous me cassez les oreilles depuis six jours et six semaines que vous jouez sans répit ! Sous mes fenêtres ! Et même la nuit ! Je n’en peux plus.

Il m’arracha l’instrument des mains et, avant que je puisse réaliser ce qui m’arrivait (je mets du temps à réaliser), il partit en jouant un petit air d’Offenbach, du moins c’est ce que j’ai cru reconnaître… avec mon harmonica !

Après avoir couru sur plusieurs mètres, il s’arrêta net et se retourna vivement dans ma direction, comme pour vérifier si je le suivais :

– Hé ! Musicien ! As-tu encore la force de vivre ?

D’après les Astronomes, la rotation de la Terre devrait mettre fin à ce manège.


Guillaume D


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Créons nos anticyclones


Mon immeuble est un minéral robuste, un carcan de vieilles pierres du XIXème siècle où s’épanchent les relations sociales ouatées et granitiques de la classe supérieure. Les étages sont bien souvent peuplés de silence, ce silence des espaces réservés, froid d’isolation et de caste. Malgré tout -parfois- lorsque je reviens ou repars de mon cinquième étage (îlot prolétaire sous les toits) j’ai la surprise d’un ascenseur qui s’arrête en cours de route pour laisser entrer une silhouette de mon voisinage. Avec nombre d’entre elles et malgré mes années de présence à cette adresse aucune glace ne s’est brisée. Il y eu quelques tentatives bien sûr mais nos mondes semblaient trop écartelés, nos motivations trop vaines et le temps d’un trajet vertical si court. Alors bien souvent nous tombions dans l’écueil tragique, le propos réflexe par excellence, la détresse d’une facilité sans engagement faisant varier sa nature syntaxique en fonction des oscillations du baromètre. Voici sans doute l’une de mes pires terreurs du quotidien : quand la nature de l’autre est niée dans la brièveté de l’instant pour le ravaler au socle irrépressible des niveaux d’humidité, de chaud, de froid ; la pression atmosphérique comme habillage du vide, petite laine pour cette gène d’avoir à côtoyer l’autre sans désir.

J’ai souvent rêvé d’un jour à contre-sens durant lequel nos brefs interludes d’humanité serait l’occasion de faire jaillir nos essences, de briser les coquilles trop noueuses de nos codes. D’un coup toute la ville s’en retrouvait changée : les attentes à la Poste se changaient en jacqueries, en éclosions superbes d’étincelles et d’électricité rhétorique. Aux caisses, aux comptoirs des petits commerces coagulaient nos idées en rebond, les avis d’une multitude soudain mobilisée, presque improbable, et les murs s’écartaient de plein jusqu’à laisser au second plan la stricte fonction économique de ces lieux. Mais ceci n’est qu’un songe et (je l’avoue tout de même) je me dois de relativiser mon assaut : ces dernières années, en phase avec la prise de conscience globale des enjeux climatiques, ces stériles saillies de fuite météorologiques s’accompagnent -parfois- d’un bref surlignement semi-contestataire des diverses causes humaines entraînant la fantaisie des cieux.

Il m’est donc venu une petite habitude, un réflexe de survie en milieu hostile et confiné : lorsque survient l’instant, lorsque s’ouvre cette seconde éteinte où le gouffre du « temps qui fait » s’apprête à lancer sur le rien ses tentacules d’escamoteur je coupe court à l’abîme : « Drôlement chouette ces grèves n’est ce pas ? Les gens se parlent, échangent, j’adore ! ». Le résultat en terme de contact n’est pas garanti mais l’essentiel est sauf : le naufrage est évité et durant les 25 secondes de descente ou de montée j’aurais conservé mon estime, la silhouette aura conservé sa tenue. Un double sauvetage cognitif sur un mètre carré.
Mais dites moi, vous qui lisez ces lignes avec attention : Vous ne trouvez pas que ça s’est drôlement rafraîchi ces derniers temps ?   


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CRONOS 


Cronos c’était le nom de cette planète, j’avais envoyé plusieurs drones de reconnaissance comme le préconise le protocole. Puis je mis mon vaisseau en orbite en mode « traqueur ». Je suis toujours émerveillé de l’invisibilité  et du silence de nos machines, cette technologie qui arme si efficacement tous nos vaisseaux et nous offre un si grand avantage dans tous nos actes de colonisation.

Les êtres de ce monde physiquement nous ressemblaient avec cette particularité cependant : sur un font haut et large s’imposait la présence d’un  troisième œil en forme d’écran et sur cet écran s’alignaient des séries numériques.
Tous ces habitants ainsi pourvus pouvaient consulter ces affichages lors des échanges très nombreux de cette civilisation. Le rapport des drones précisait que  les membres de deux castes sociales n’étaient pas affublées de cette  greffe : la caste des "Évêques" gardiens des esprits  et la caste des "Éternels" gardiens des corps et de leurs fonctions.

J’attaquai ensuite la seconde phase d’immersion qui consistait à me brancher à distance  sur le cerveau d’un habitant de préférence de la caste dominante afin de récupérer le plus de données possibles avant la grande invasion.
J’infiltrai donc le corps et toutes les fonctions d’un certain Solan  un "éternel"  simple appellation très certainement  pensais-je car si chez nous on était parvenu à repousser l’échéance à 400 ans avec aucun problème pour le corps (sur lequel on pouvait intervenir sur toutes les parties) il n’en était pas de même  avec l’esprit humain, plus des deux tiers des "élus" mettaient fin à leur jour le tiers restant devenant dangereusement cinglé, refusant tout notre mode de vie et répandant l’idée malsaine que  notre monde ne serait qu’une lutte entre dominants et dominés ! Les plus hystériques d’entre eux usant même de mots aussi dépourvus de sens que liberté, libre arbitre, justice, égalité quand ce n’était pas le terme grotesque de révolution ! Ces esprits dérangés réussissaient même à contaminer les esprits les plus dociles et notre puissante "brigade de la paix" intervenait alors de la manière la plus radicale nous forçant ainsi à bousculer nos valeurs  nous qui  avons érigé toute notre société autour du principe de bienveillance.
Nous avons donc été contraint de  limiter pour les plus fortunés le cycle de vie moyen à 250 ans et cela faisait exactement  cent ans que j’étais fier d’appartenir à cette grande civilisation terrienne qui chaque jour augmentait son territoire  et ses ressources galactiques.
Mais pour l’instant j’étais  Solan "un éternel" (mes données récoltées m'apprirent par la suite que ce Solan  comme tous les autres "éternels" était vraiment éternel ! ) responsable de la sécurité des habitants de Cronos  qui qui vivaient dans une seule ville dont les excroissances architecturales recouvraient entièrement les sols, on pouvait néanmoins contempler des paysages d’une beauté à couper le souffle : lacs aux surfaces étincelantes, montagnes effilées, océans foisonnant de créatures marines,  autant de merveilles toujours parcourues harmonieusement  par des constructions arachnéennes qui parfois s’engouffraient dans des vallées ou s’élevaient en volutes irisées au-dessus des mers, fabuleuse cité qui semblait fonctionner sans heurts. Apparemment sans heurts …
Mon espace de travail était très vaste, une immense baie vitrée parcourait cet espace courbe et mon regard se perdait dans les nuées mauves qui flottaient sur cette ville araignée qui déjà me fascinait, je continuai mon exploration à travers les yeux et les organes de Solan.
Je découvrais très vite que l’écran lumineux qui trônait mystérieusement sur les fronts de 90% de cette population indiquaient les durées restantes de vie de ces habitants, un abominable compte à rebours en somme. J’en restais stupéfait ainsi chacun pouvait lire chez l’autre le temps qui lui restait à vivre !  Quelles conséquences psychiques pour ces êtres ? Comment cette société pouvait-elle s’organiser autour de cette terrible information, mon intelligence terrienne s’en trouva violemment bousculée.
Dans l’espace de mon observatoire, étant seul garant de la haute sécurité, j’avais tout le loisir d’user de tous les outils de surveillance et  je ne m’en privais pas,  j’assistai donc en direct à une intervention de l’équivalent de notre armée de la paix ici appelée « Milice de la quiétude », formes de dénomination que l’on retrouve dans toutes les civilisations avancées, toujours guidée par cette remarquable préoccupation de ne pas effrayer inutilement les populations surveillées.
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Quelque part en périphérie se déroulait ce qui ressemblait à une de nos manifestations, mais là ni slogans ni agitations seulement des mains tendues au-dessus de la tête, des centaines de mains tendues au-dessus de corps plutôt pacifiques et puis soudainement sur mon écran une succession très dense de traits brillants, immédiatement suivis de la chute de quelques dizaines de corps, je repassais l’enregistrement et en redimensionnait les différentes prises de vue sur l’immense table cristal qui occupait la salle de contrôle, je commençais à faire un rapprochement entre les cadrans des tués et des survivants, et j’en arrivais rapidement à cette conclusion : tous ceux qui avaient été abattus étaient des "longues durées". La milice de la quiétude avait épargné toute la cohorte des "éphémères", dont les écrans signalaient les jours  voir les heures ou minutes restantes, ceux-là n’allaient plus nuire longtemps et il était donc inutile de gaspiller l’énergie des armes conventionnelles.

Je décidai d’en apprendre davantage, grâce au réseau de surveillance très sophistiquée des "cronociens" j’avais accès à tous les lieux à n’importe quelle heure du jour (qui durait ici 60 heures, deux soleils se relayant à l’horizon et à toute heure de la nuit qui exhibait aussi l’éclat métallique de deux lunes).
C’est ainsi que je m’invitais dans un espace clos ou se faisaient face un praticien et un patient, la science de ce praticien ressemblait à s’y méprendre à notre grande discipline HSP (haute surveillance psychiatrique) ce patricien était lui-même doté d’un écran qui affichait ostensiblement un nombre de longueur assez impressionnante, le patient lui n’avait pas visiblement cette chance puisque son cadran affichait péniblement quelques semaines.
L’infortuné suait abondamment, la scène restera à jamais gravé dans ma mémoire me révélant cette grande angoisse qui hantait la plus grande partie de la  population de CRONOS :
Ce pauvre homme bégaya donc  :
« Je sais que je vais disparaître, les évêques nous préparent à cet évènement depuis notre naissance, mais de quoi vais-je mourir ? S’il vous plait, dites-moi c’est important pour moi et mes proches ! De quoi vais-je mourir ? »
Et le grand homme de science  eut une parole dont il usait apparemment à chaque consultation, s’approchant de l’oreille de l’infortuné d’une voix forte il prononça cette phrase terrible et qui m’apparut comme insupportable à entendre  : « il faut bien mourir de quelque chose ! »


R


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V
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GRINCHEUX

En entrant au PMU je suis tombé direct sur une conversation de comptoir :

" - Tu te rends compte, grâce à ça tu pourrais profiter de la vie jusqu'à 90 ans, voire même 100 ans ! Quand même, quitte à mourir autant que ce soit le plus tard possible, tu crois pas ?
  - C'est pas une vérité ça, c'est une opinion ! Pourquoi veux-tu me faire vivre jusqu'à 90 ans, sérieux ? C'est quoi l'intérêt ? Voir éclore toujours un peu plus les fleurs toxiques du fascisme, de l'individualisme et du profit à outrance, des technologies qui vont asservir et éradiquer la notion même d'imprévu et de spontanéité ? Qu'est-ce que j'y gagne moi à vivre autant ? Quand je serai dans un Ehpad surbooké, hors de prix mais incapable de me nettoyer plus de 3 fois par semaine, quand les pires instincts des nationalismes auront fait de l'agressivité une vertu et de l'ostracisme une passion commune, qu'est-ce que j'en aurai à branler d'être encore en vie ? Où sera mon plaisir ? "Mourir le plus tard possible" ! Jamais rien entendu d'aussi con ! Mais dis-moi ! Pourquoi faire ? Encore et encore ramper dans la mélasse des emmerdes pour trouver sa pitance ? Renouveler les politesses glacées du mépris, les "bonjours" donnés à contre-coeur et la morgue autant ridicule qu'affectée de faux saints aux principes enferrés ? Chaque jour découvrir les nouveaux scandales du commerce, du lobbying et de la politique sans autre arme que mon esprit vieilli pour réchauffer de vieux sarcasmes ? Bouffer des soupes devant les abrutissements médiatisés, les courses éternelles et navrantes de l'envie, du gain et du paraître ? Voir encore se développer les jeux de haine, d'harcèlement et de pouvoir après tant d'années à les avoir subis ?  Ah non merci ! Tu peux les garder tes 90 ans ! Fuck mon ami ! C'est déjà bien assez de m'avoir fait venir ici sans que j'ai rien demandé, pour maintenant prolonger un séjour chaque semaine plus détestable ! 
- Dis-donc tu vires Céline là !
- C'est qui c'te meuf ? M'en bats les couilles de ta Céline ! Je te dis que je vois pas l'intérêt c'est tout...
- Et les enfants ? Pour eux ça serait bien quand même non ? Faut penser à eux !
- Mais je ne fais que ça, penser à eux ! Oui parlons-en de ces charmants bambins... Qui me disent que les études, ça sert à rien, qu'il suffit d'être 'youtoubeur' pour faire fortune et qu'une bonne idée vidéo vaut tous les métiers du monde ! Et tu voudrais que je voie les miens gober des boules de lessive, tester du make-up ou noter un chiotte d'hôtel dans l'espoir d'être célèbres ? Non, non et non mon pote ! Et je ne te parle pas des impatiences futures d'héritiers gourmands hein ? Et des frénésies dont ils seront les roues bien graissées ! Moi la médecine je la veux reposante, annihilante si tu préfères ! Me faire la belle au bois dormant si tu veux.... "Mourir le plus tard possible" ! Naan vraiment j'ai  rien entendu d'aussi con...
- Hé Grincheux t'en reprend un ?
- Bah ouais si t'insistes ! Ça c'est une vérité !"

En sortant du PMU, je me suis dit que l'exagération n'avait pas tout le temps tort.


Gael



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Pas moi

Dans cent jours, sans bruit, sur la pointe de l’épée tu m’auras vidé
Cent douces,  pluies sur mon à vif , tu m’auras levé
Par l’invisible des sans-souffle tu m’auras balayé
Dans cent mille furtifs, sans ciller, soufflé, évaporé, désarticulé,
Disloqué, par habitude, force orgueil qui m’a invisibilisé
Sans coup férir, sans frémir, tu m’as assourdi, inaudible

Sans la nuit sombre, en plein soleil, tu m’as givré, fissuré
Par inadvertance, tu n’as pas fait exprès, tu m’as lacéré
Je ploie, étouffé de gras, de lois, de toi
Les mains en colombe clouées aux joues, muettes lamentations de moi
Lamentations sans voix, décorporé, l’âme arythmique du soi
Plus que deux, plus que trop, trop plein de toi, plein de rien de moi

Un fil, un lacet, qui ne noue plus que la gorge, l’aiguillon en plein

L’écoulement, corps à corps sans  brulure, accoutumance
Hauts le cœur enserré, ébullitions givre des murmures
Poison de la plume, encore plus, plus loin, moins de moi
frémissements hurlants, insensibilisé, en surface, en sur-moi
en peau, et l’eau rue, égout de moi
autour s’affaisse, le son de soi, les yeux bandés

Moi

Dans l’embaumement des cerisiers je te suis
Attendri d’herbe coupée et de blés au couchant
Balloté des ombres palpables indicibles à Noël
Et encerclé de foules désincarnées
Tu divagues dans l’été qui sétiole

les hableurs du néant
Les poupées emplacardées
Le carrelage qui craquelle
Les roulettes qui ventent aux oreilles
L’épi rebelle
La blouse et les souliers étincelants
Les peau à peau
les chenilles ocres
Le four qui gratine
Et l’ile qui flotte

Et le cercueil dans les roses






 régis 



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ESTIME-TOI HEUREUSE D'AVOIR UN TRAVAIL !

5h35. La sonnerie du réveil m'a encore extirpé d'un profond sommeil.
Je me lève péniblement, la tête et le corps encore plombés de la nuit.
Je ne sais pas si c'est le parquet où mes os qui craquent le plus. 
Une douche chaude me dérouille un peu.
Un café brûlant et je quitte mon appartement à 6 heures 20, comme tous les matins.
Ce mois de février est particulièrement froid, une couche de givre recouvre la ville. J'enfonce mes mains crevassées au fond des poches de mon manteau.
Je me dirige vers la gare de Perrache où je dois prendre mon bus pour me rendre au travail.
La gare se réveille doucement, quelques rares travailleurs de la nuit reviennent
de leur dur labeur, les yeux cernés, les veines visibles.
Nous avons l'air d'être des fantômes errants.
Tout ça pour pouvoir survivre.

- Estime-toi heureuse d'avoir un travail ! Me lâche régulièrement mon entourage ! C'est presque une fierté pour eux que je me lève sitôt pour le boulot ! 
La sacro-sainte valeur travail  que politiques, chefs d'entreprise et journalistes nous rabâchent au milieu de leurs creux et vides éditoriaux.

Dans le bus, nous avons tous le même regard hagard, la tête contre la vitre.
20 minutes plus tard, je descends à mon arrêt et longe la longue rue qui me mène droit vers le magasin de bricolage qui m'a embauché. D'ailleurs, je vois déjà au loin l'enseigne lumineuse verte. Une de ces enseignes de la grande distribution qui se targue de faire vivre des milliers de personnes à travers le monde ! 
Les ouvriers ne vivent pas, ils survivent !

Chaque matin, ce sont les mêmes gestes. C'est devenu instinctif. Le cerveau ne réfléchit plus.
J'ouvre mon casier, y dépose manteau, écharpe, sac et enfile ma veste au nom de l'enseigne ! J'ai déjà mes chaussures de sécurité aux pieds ! 
La pointeuse, c'est 4 fois par jour ! En cas d'oubli, attention ! Un signal sonore nous rappelle à l'ordre.  

Estime-toi heureuse d'avoir un travail !

Les néons jaunes pisseux donnent un aspect glauque au lieu.
Une petite fourmilière s'agite au milieu de cet endroit sinistre avec des palettes et des cartons de marchandises à déballer et ranger. Certains ont l'air si affairés que j'ai l'impression que le magasin leur appartient. 
Triste époque où certains ont l'amour de leur servitude. 
Arrivée dans mon coin de travail, c'est parti pour un rythme effréné et répétitif.
Cutter. Couper le plastique qui entoure la palette de cartons, couper les cartons, mettre les produits en rayon, plier les cartons, les mettre dans la benne prévue à cet effet. Les plastiques les mettre tous ensemble dans un énorme sac. Au moins une trentaine de cartons au total ! Et une palette lourde à déplacer. Sans tire-palette électrique. Les ouvriers veillent sur leur engin comme un prisonnier à sa ration de pain ! 
Je renonce et me contente d'un manuel. La palette est lourde à tirer. Je sens mes vertèbres cervicales se crispées, les articulations de mes poignets craqués, mes épaules et le haut de me dos se tendre douloureusement. 
Le chef passe et devant cet acte pénible, baisse les yeux en faisant mine de ne pas m'avoir vue.
Subis ton sacerdoce et ne te plains pas. 

Estime-toi heureuse d'avoir un travail !  

Quinze minutes avant l'ouverture du magasin, nous avons droit à un dernier " coup de fouet " par le biais d'un appel micro nous pressant de faire place nette avant l'arrivée des clients!

Le magasin ouvre, je suis cassée. Et seule en rayon. Et les clients arrivent. Déception encore plus amer en réalisant que je ne pourrais pas prendre ne serait-ce que 10 minutes de pause pour m'asseoir ou même allée aux chiottes !

Estime-toi heureuse d'avoir un travail !

Je passe la matinée entre des clients qui oublient les principes de politesse de base, les machos qui prennent un air douteux lorsqu'ils constatent que c'est une femme qui va les renseigner pour leur achat de tronçonneuse et les vieux qui me toussent presque à la figure !
J'atteins le summum de l'absurdité lorsqu'une cliente souhaite savoir où elle pourrait trouver une simple bâche de protection. Je lui indique le numéro d'allée, c'est deux allées plus loin. Elle me répond : vous pouvez m'accompagner ?  
J'ai failli lui répondre si elle souhaitait que je la prenne aussi par la main ! 
Le coup fatal arrive par le biais d'une bourgeoise à qui je précise que son produit est indisponible et que je dois le commander. A sa réaction, j'ai l'impression de lui annoncer qu'elle a un cancer !

Estime-toi heureuse d'avoir un travail !

Occupée à des tâches aliénantes, je cherche en même temps, pour ne pas sombrer, des tournures de phrases et rebondissements pour mon roman en cours d'écriture auquel je suis arrachée, trop arrachée. Tout ça pour avoir de quoi survivre, lorsqu'un chef arrive vers moi en me disant celui-là, surveille-le ! Il est louche ! Il va nous piquer des trucs !
J'ignorais que je devais aussi faire l'agent de sécurité ! Je ne réponds pas et le laisse remonter dans sa tour d'ivoire.

Estime-toi heureuse d'avoir un travail !

Celui-là, comme il l'appelle, il faudrait qu'il me dise en quoi il est louche. Je l'observe d'un peu plus près lorsqu'il arrive dans mon allée. Il doit avoir dans les 70 ans, il marche doucement, légèrement voûté, un sac cabas à la main, un de ces sacs que l'on trouve dans les aéroports chez les voyageurs africains qui partent en vacances au pays. Sa barbe blanche est plutôt jaunâtre. Ses mains noircies par le travail de la terre. Il porte une veste en laine élimée rouille et un pantalon gris qui a l'air d'avoir le même âge que lui. Il sort de son cabas un fer de bêche et me demande quel manche pourrait aller avec. Nous regardons ensemble, mais les diamètres ne correspondent pas, je dois lui commander. Je l'invite à me suivre à mon pupitre où se situe mon ordinateur afin de lui établir sa commande. Il me suit et commence à me parler de son jardin dans lequel il est en train de bêcher le sol pour ses futures plantations potagères. Devant mon intérêt pour la nature,  il sort son téléphone pour me montrer des photos. Un jardin à l'Italienne. En arrière-plan, un manoir. Je pense que ce doit être le vieux jardinier qui reste attaché à ses maîtres et son jardin.
Je réalise que non lorsqu'il me fait l'historique de ses ancêtres et du manoir. Je dois lui faire répéter son nom pour le taper correctement. Comte Leonardo Di Vincettino. Pour me faciliter la tâche orthographique, il sort sa carte d'identité de son portefeuille, noyée parmi un petit paquet de billets de 100 euros!
Il n'est pas louche. Les apparences ont la vie dure.
Je retourne dans mon allée. Un type en costard cravate cintrée bleu marine dans le plus pur style jeune cadre dynamique balance furtivement un antivol derrière des cartons et se barre en mettant le produit à l'intérieur de sa veste.
Je préviens le chef pour qu'il me rejoigne au niveau des caisses, je veux lui foutre dans la gueule ses préjugés sur l'apparence. Le type s'approche de la sortie. J'attends avec impatience le moment où il va le stopper. Mais il se dégonfle et le laisse filer. Trop impressionner par son apparence. Et son manque de courage. Devant mon regard effaré, il vient me dire que ce n'est pas possible, que j'ai du mal regardé, que ce client n'a pas pu voler quoi que ce soit  et me presse de retourner à mon poste de travail !  

Estime-toi heureuse d'avoir un travail !

Une courte pause où je mange sans plaisir un sandwich de la cafétéria. Infect. Nous sommes vraiment des parasites. C'est la double peine. Travail pourri, bouffe pourrie !


Estime-toi heureuse d'avoir un travail ! 

Je rentre enfin chez moi. Dès que j'ai franchi la sortie, j'ai l'impression d'être une détenue qui sort après une lourde peine.

Ce soir, je regarde un reportage sur le lien entre les mauvaises conditions de travail et les maladies qu'elles peuvent générer.
Je ris aux éclats ! C'est nerveux !
Et voilà que me vient l'image de moi dans mon cercueil entendant en écho la voix de mon chef me disant :
Estime-toi heureuse d'avoir un travail !



  








  













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