mercredi 25 mars 2020

ATELIER D'ECRITURE écrire sur un support artistique

La proposition était simple  : Il s'agissait de choisir une peinture sur le site d'une artiste en l'occurence lili Zaza  (voir le lien ci-dessous) et d'écrire sur ce même tableau.
Tous les genres littéraires étaient autorisés


https://germaliza.wixsite.com/lilizaza


L'enfant intérieur 




"L’enfant intérieur"   par Muriel C 


Il m’emmerde cet enfant
Avec sa bouche en biais
Et ses décalcomanies qui chatouillent ma fontanelle

Avant ma naissance j’étais mieux né qu’ici
Je n’avais pas l’autre sur le dos qui jacassait comme une pie


Il m’emmerde cet enfant
Je ne lui ai rien demandé
Il faudrait lui couper la tête
C’est ridicule ces images de bonbons krema

Cerise framboise je prends
Citron orange je vous les laisse

Quand je serai grande j’aurais une bouche baleine
Je mâcherai les images pour en faire un pur jus concentré
Cent couleurs de mots
D’histoires
Sans images

Elles m’emmerdent ces images bateaux
Voguant dans un ciel incertain
A travers le brouhaha de mes anges
Nonette
Bleu
Charbonnière
Huppée

Il y en a plein le jardin

Qu’il m’en coûte d’être ici
Qu’il m’en coûte

Et de quelle fièvre suis-je prise
Ça frissonne
Ça me fripe
Pruneaux cuits

Il m’emmerde cet enfant
Qu’il reste à l’intérieur
Je ne lui ai rien demandé

Tu ne crois tout de même pas que je vais lui raconter une histoire

Une histoire de quoi
Une histoire de langue de bois
De petits chevaux
Vert rouge jaune bleu
Qui se couchent dans leurs écuries

Le chevalier s’est transformé en mendiant
Avec son fils
a rejoint le manant
De ville en ville il est allé
Et une fille à marier lui à trouvé

Au fils

Et vous croyez que ce genre de connerie va intéresser votre enfant intérieur

Il m’emmerde cet enfant monté de toute pièce dans les carrefours
Attac
Casino
On joue à la roulette russe
On vous vend un enfant mort
Avec des images toutes faites
Et ça Guelle derrière
Prends-le donc celui-là
Il ne nous  fera pas de mal
Il va te griller toute ta matière
Grise blanche jaune
et plus si affinité

Il n’y aura plus d’oiseau bleu
De dragon vert et de revers de monde
Il n’y aura pas de fleuve asséché
De rubis enterrés et de diamant coupant les langues trop pendues
Il n’y aura pas d’ombres à sauver
Enfermées dans le cyprès
Ou était-ce un myrte

Il n’y aura plus de crâne sur la plage
Qui bavarde dans l’écume
Sur les plaies bordées de certitudes
Qui pourrissent nos âmes

Il n’y aura plus de bâton serpentant sur le lac
De poisson-chat volant et de coccinelle anorexique
Se faisant transporter sur le faux bourdon
Attendant une mort certaine
Au premier jour d’été

Il n’y aura plus d’orchidée vorace
Attirant le pauvre bougre
Avec son nectar qui rend fou
Le premier fils du roi

Il n’y aura plus de bête agonisant sur un monticule de fourmis rouges
Il n’y aura plus de montagne gelée
Et de précipice édenté
Il n’y aura plus de jour sans nuit
Et d’esprits
Telle la chouette qui hulule
Habitera l’arbre
la rivière et les murs de la cité

Il n’y aura plus de loup ni de tigre
Pas plus de ragondin de taupe hérissons
Châtaigne
Pain de fleur
Ni citrouille

Il n’y aura plus qu’un reste d’arc et de flèche avec un embout en caoutchouc rouge orangé
Et une corde à sauter
Qu’on nous supprimera pour éviter les accidents
Dans la chambre blanche où il n’y a même plus une poignée

Il m’emmerde cet enfant intérieur avec sa bouche de travers
Laissez-moi dormir.

MC 


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"L'enfant intérieur" par Guillaume D

Assise à son bureau,
Son œil n'est pas rivé à l'ordinateur,
Il erre, furtif,
Son œil excède le réel qu'on veut bien lui offrir,
Ses yeux débordent les cadres figés, mortifères et mornes...

Assise à son bureau,
Son crâne s'ouvre,
Des lucioles et des fleurs
Scintillent,
Émergeant de ses cheveux en désordre,
Un arc-en-ciel est né dans sa chevelure de nuit
Et jure avec la brume morose ambiante...

"Cesse de rêver !"
Entend-t-elle vaguement
Ou peut-être l'a-t-elle très bien entendu, ce cri...

Moi, petit pantin surgi du cerveau des poètes,
Archer miraculé dans cette folle tempête
Je vise de mes flèches ces Sauvages Imbéciles en col blanc
Incapables d'aimer autre chose que leurs cheveux pommadés,
Peu soucieux de la Terre
Mais soucieux de leur montre
Qui indiquera une heure
Qu'ils ne sont même pas sûrs d'atteindre...

Tic... Tac... Réglez bien vos montres
Ô chiens de garde du système !
Car dans une heure la flèche aura atteint sa cible !
La pommade dégouline et les cols noircissent,
Tic... Tac... Ô sauvages vous êtes dépassés
Par les troupes entières des furtifs !

Imbéciles ! Qu'indiquent vos montres ? L'heure et votre rythme cardiaque... Même votre cœur est objectivé ! Ô cœurs prévisibles, ô cœurs
Vidés de leur substance !
Vos montres rutilantes lacèrent votre vie !

Tic... Tac...
L'artiste rajoute une aiguille folle aux horloges officielles !...
Archer miraculeux,
Tant que l'artiste rêve tout n'est pas perdu !

Poètes ! Qu'indiquent vos montres ?
L'horloge des artistes bat au rythme du rêve
Dans un temps non prévu par les durées prescrites !
Tic... Tac...

C'est minuit !
Archers et lucioles,
Plongeons dans un rêve
Et qu'il soit sans fin !


GD
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Petit caillou qui vaut de l'or 



Soleil noir  par Virginie D
Soleil noir.
Brûlant.
Si aveuglant que j’avance les yeux fermés.
Ses rayons m’aident juste à cicatriser un peu mes mains lacérées de petites coupures. Je sens mon crâne qui chauffe. Mon ventre est creux. Mon squelette ressort presque à la surface de ma peau. Va-t-il tomber en poudre d’os ? 
Mes sandales me semblent trop grandes pour mes minuscules pieds. J’y ai mis ce matin un élastique autour de chacune d’elles afin qu’elles restent bien accrochées.

En haut, la mine. Et ses tunnels. Entre le soleil et la mine, flotte une poudre qui brille. C’est la poussière du coltan. Nous devons creuser et creuser encore. J’ai l’impression que la mine pleure à chaque coup de pelle. Alors je lui parle. Je lui dis que mes poumons pleurent aussi de la poudre que je respire et que je ne sais pas pourquoi nous faisons ça, mais que ce n’est pas ma faute. Il me faut survivre avec ma maman et je sais que pour ça, je dois creuser. Je la console en lui racontant des histoires. C’est ma manière de m’évader et de tenir le coup.
Je veille sur ma gourde comme un trésor. Maman a pu aller chercher de l’eau au puits hier, elle a marché de longues heures pour ça. Il y avait tellement de vent que ses habits, ses cheveux, son visage étaient rouge de la terre balayée par les vents. j’ai cru voir s’approcher de moi, un fantôme de sable. Et puis elle a souri. Alors j’ai vu ses dents blanches et nous avons éclaté de rire. Nous rions beaucoup et fort. Nous regardons le ciel et sous ce soleil devenu orange à cette heure, nous rions encore plus fort. C’est notre seule arme. Envoyé à dieu et à Satan nos rires insolents. Nous n’avons pas peur d’eux, car nous n’avons pas peur de la mort.

Un de nos gardes vient nous apporter notre ration de riz. Infâme. Je préfère celui de maman. Elle y met des épices, c’est bon et il est coloré. Celui-là, je le mange pour ne plus sentir ce creux lancinant dans mon estomac. Je mange assis sur un énorme caillou. Un vent sans poussière arrive du ciel. Je ferme les yeux et respire un peu. J’imagine cet air invisible rentré dans mon corps pour tuer la poudre noire présente dans mes poumons.
Soudain, le cri d’un rapace volant au-dessus de la mine me sort de ma rêverie.
Il a déployé ses grandes ailes noires. Ses yeux brillent. Mes camarades ont peur dès qu’ils en voient un et retournent dans la mine.
Moi, je n’ai pas peur. Il est majestueux et puissant. On dirait que son cri est un cri de révolte pour nous. Il crie ce que nous ne pouvons pas crier. Et son regard envers les gardes est menaçant. Comme s’il les mettait en garde si l’un de nous était frappé. Je rêve qu’un jour, les rapaces viennent nous délivrer.
Je retourne creuser. Il y a une odeur de sang mélangé au coltan. Je crois même que ce caillou noir devient rougeâtre. Cette mine est une mine de sang.
Et que le malheur s’abatte sur nos exploiteurs !
Je veux devenir un homme libre !

En attendant, ce soir, je vais retrouver maman et nous lancerons au visage   du mauvais sort, de l’injustice, nos éclats de rire.






VD

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L'arracheur d'être 
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"L'arracheur d'être" Par Roland D

 Voix à l’extérieur de la scène du tableau 
dialogue entre deux compagnons, l’un attend l’autre apparemment a déjà subi l’acte


- Est-ce douloureux ?
- non pas trop
- comment ça pas trop ?
- et bien je ne m’en souviens pas à vrai dire…
- comment est-ce possible des heures, des jours, des mois à attendre cet acte et tu ne te souviens pas de cet instant qui va changer toute notre vie et celle de millions de nos contemporains ?
- non vraiment et je ne me souviens plus de grand-chose
- tu peux préciser ?
- tous les moments de joie, de douleur, tout ce passé est flou c’est comme si on avait brouillé tout cela, je suis comme dans un brouillard…
- tu en souffres ?
- étrangement non
- regarde ça continue à entrer et ils sortent un par un, ils ont le même regard que toi d’ailleurs quand ils sortent
- qu’est-ce qu’il a mon regard ?
- et bien je ne sais pas trop mais il paraît un peu vague (il s’approche) ….je dirai même complètement vide oui !
- c’est quoi un regard complètement vide ?
- un regard sans expression
- un regard sans quoi ? depuis que  …. ?
- oui depuis l’acte , oui
- mais tu sais, je me sens très bien physiquement , même en pleine forme
- oui les autres qui sortent ont l’air aussi en grande forme c’est comme s’ils étaient enfin débarrassés de quelque chose
- oui c’est exactement ça je me sens débarrassé de quelque chose mais je ne sais pas de quoi précisément .
- déjà il y a tes souvenirs
- oui brouillés comme je te l’a dit mais il y a peut être autre chose
- quoi ?
- non ce n’est rien …une impression … et il faut maintenant que tu y ailles
-Tu me diras après alors ?
-oui après ce sera beaucoup mieux


(Il entre, la porte imposante se referme sur lui, on n’entendra pas le  très long cri inhumain qui ne passera pas la muraille des murs à la forte isolation phonique  )

Il ressort au bout d’un temps qui pour nous lecteurs apparaîtrait très long mais qui pour son compagnon n’est qu’un espace insignifiant  qu’il ne songe plus ni à investir ni à occuper, il  regarde son compagnon du même regard vide


-Alors ?
-alors quoi ?
- il me semble….je me rappelle vaguement  que tu devais me dire quelque chose avant l’acte ?
- pas la peine maintenant, essaie de décrire ce que tu ressens
- et bien ce que je ressens …..
- allez dis le …. essaie
- et bien c’est comme si on m’avait arraché à mon être
- voilà c’est ce que je voulais te dire avant que tu passes à l’acte …
- et étrangement je suis bien, très bien même ….  Cet arrachement n’a rien de douloureux , je suis délivré de toutes mes peurs , mes angoisses même ces mots n’évoquent plus grand-chose pour moi
- alors je crois que nous sommes réellement prêts à retravailler
- oui ils n’auront plus de problèmes avec nous
-alors ça non …(d’une voix sans intonations, ils débitent en chœur ces mots comme une liste qui n’aurait plus aucun sens )  fini les colères, les rancœurs, les frustrations, les revendications, les révoltes, les indignations, les rêves impossibles ou possibles, ils ont eu raison de nous imposer cet acte , ils nous avaient bien informés ….  on va être heureux
- pour la  simple raison que nous allons tout accepter
- tout accepter voilà
- et on sera heureux indéfiniment.

Leurs regards vides se croisent, ils se regardent sans se voir, ils ne savent plus que faire de leurs mains qui attendent de nouveaux ordres, leurs lèvres ne parviennent plus à dessiner ne serait-ce que l’ombre d’un sourire .


RD



                                                               _________________







                                                     Psycharnachie  huile sur toile (100cmx100cm) 


texte de régis 



Par un beau matin de suicide, les couteaux s’envolèrent.

La vaisselle reposait sur le séchoir qui s’écaillait et laissait entr’apercevoir la peinture d’origine. Le rouge perçait le noir. Fané et mat mais résistant, le vermillon passé jaillissait ça et là. Les écailles polluaient plus sûrement l’atmosphère que l’encens acheté au supermarché et qui volutait pourtant chaque jour dans la cuisine ouverte. Effluves de mort.
L’empoisonnement volontaire.

Sans aucune raison, le rideau avait mis les bols et les assiettes, les plats et la passoire dans un ensemble romantique. Tout suintait dans un esthétisme qui pouvait illusionner les yeux farouches.
La dentelle à la fenêtre était un écran de fumée mécanique entre l’extérieur des passants et le lavabo. Réceptacle des pleurs, il avait gardé sa flamme marronasse d’antan et on devinait l’ancien mitigeur qui n’était jamais parvenu à imiter le laiton authentique de ses ancêtres. Depuis son remplacement, le bec dégueulant se faisait encore plus présent, d’une présence hurlante. Chaque jet d’eau crachait son souvenir à qui tendait l’oreille, à s’en racler la gorge à vif.
La matérialité de l’absence.

Les pots en terre trônaient fièrement devant la faïence, elle aussi recouverte quelques années auparavant. Le ciment avait lissé le tout. En cinq passages interminables, cinq couches estivales sous l’œil de l’astre brûlant, l’immonde olive carrelée avait été étouffée, ballotée, nivelée, bâillonnée. La sueur de l’artisan n’y avait rien fait. Un éclat de casserole venait révéler l’existence passée du moisi démodé de la crédence. Minuscule œil de bœuf vers une irréalité enfouie.
L’œil dans le tunnel.

A l’Ouest, au-dessous des bois blancs qui s’américanisaient dans un effort de pureté,, comme des franges immaculées dans la continuité du mur de plâtre à nu,, le fenestron s’éclatait. Des pics aux mouches mortes prisonnières dardaient de provocation. Pas de sang versé, que du transparent percé. Un détail qui pouvait sectionner le doigt aventureux qui s’y frotterait. D’ailleurs, personne n’osait, comme personne n’osait affronter la tache rougeâtre sur le pavé de l’escalier.
La cécité de l’évidence.

Tous les murs s’étaient effondrés. Quelle beauté ! L’espace s’était ouvert, la surface pouvait exprimer sa nudité. Dorénavant, les épaules combattaient plus, les jambes ne crochetaient plus, l’ampleur des gestes se réalisait. Mais les chapeaux de gendarmes veillaient, comme un volet qu’on ouvre et qui disparait, qu’on ne perçoit plus, mais qui persiste à exister, qui pèse sur les gonds et s’effrite aux intempéries.
On ne levait pas la tête dans cet espace, on jouissait de la plaine, ivre de possibles qui s’étalaient à nos pieds. Pourtant, les imperceptibles moisissures au sud murmuraient aux oreilles qui avaient du mal à se ouater d’ivresse.
Juste après la pente douce des linteaux, au-dessous de la voute, deux points anthracites avec des excroissances duveteuses souriaient. Elles jouissaient d’aise, elles murmuraient leur force de résistance sans faillir.
L’irrépressible du vivant.

Et dans une bulle de résonance, au nord, au sud, à l’est, à l’ouest, les grésillements des rongeurs qui n’avaient pas déserté. Depuis le comptoir qui enfermait de veilles baskets, un sac poubelle plein en plastique noir non recyclable, un magazine télé et un gant de toilette qui avait échoué là par hasard, les bestioles avaient établi leur camp. Alors que le muret barrait encore l’espace, qui eut pu penser, au fil des soirées, des apéritifs et des dîners, que des dizaines d’yeux incandescents observaient les convives ignorants. Des gorges aux rires déployées se présentaient à l’armée de l’ombre qui n’attendait que l’obscurité pour frapper.
Le jouissance du supplice.

L’armée n’avait pas déserté. Un simple repli avait suffi. Elle entendait rester maîtresse des lieux, des hauteurs et des songes. Pour cela, elle hantait les murs qui dansaient dans leur dénuement immaculé. En se parant d’atours de séduction qui étaient leur armure, elle ne cédait rien. Elle n’était qu’aux aguets de l’assaut final pour reprendre ses droits, regagner sa nature véritable. Malheur à l’inconscient !
La folie du désir.

                                                                 ________________
      

                                                      

"S’éloigner des snipers"   texte de Gregory P
(sur le tableau de lili "en route pour se protéger des snipers"
peinture acrylique sur toile 40cm x 60 cm)

Lorsqu’on est natif de la caverne on ne la nomme pas, pas en ces termes en tout cas. Certains mots on disparu des bouches et des habitudes. C’est un réflexe de survie, pavlovien je crois (enfin c’est le qualificatif qu’il a utilisé l’autre jour). Les parents sont remplis de mensonges, certains n’ont même pas la conscience de tous ces sédiments accumulés, ils relaient des notes d’informations, ils nous chantonnent ces comptines qui rassurent et qu’ils tiennent de leurs aïeux. Aucun sel malin dans leurs yeux d’ailleurs, ils ont simplement vécu les craquements du capitonnage, intégré les entrelacs complexes de la tuyauterie expliqués par des professionnels. Tout cela a été chorégraphié, écrit, dansé puis rangé dans des commodes, sur des étagères entre deux statues. Régulièrement nous y jetions un œil tous ensemble, le ventre ému. Dans ces moments là il me semblait voir nos esprits se nouer, s’étreindre, nos muscles fusionner en un seul et même golem invincible : rangées de dents chaleureuses qui auraient cette capacité d’éteindre la mort. Plutôt cocasse avec le recul. 

Les promesses étaient donc là, posées sur la table commune : une langueur domestique portée par les eaux courantes, des parois rendues naturelles et serties de rubans électriques, de photons produits sur place par des ouvriers spécialisés. Lambris sur la gueule des chambres de calcaire, affiches chamarrées, papiers peints en incises déroulant les tentacules d’un juste monde. Des drapeaux plein l’œsophage, cheminées d’un croupissement que plus une seule vibrisse ne percevait.
Quand l’ordre se vend comme du chaos, l’oisiveté en cadeau bonus.
Même nos vêtements se tissaient de constructions, d’amour de villes et de nations nommées à l’emporte-pièce, découpées dans le sens des pointillées sur une terre meuble et incrédule.

Un sentiment d’incohérence grognait sous nos carcasses sans qu’on ne puisse vraiment résoudre l’énigme. Que faire de ces pupilles roulantes, de la rigidité des index tendus qui s’agitaient sous notre nez lorsque nous traversions cette brèche qui s’ouvrait vers le jour ? Malgré les froissements de sourcils, malgré les soupirs et les ricanements en échos nous nous plaisions à retrouver l’inconfort du crépuscule. Laisser seulement nos godasses au bord de la rocaille pour goûter sous nos pieds les inductions fuyantes du soleil. L’ombre venue, à peine éclairés par les rumeurs humides de la caverne nous dessinions notre monde imaginaire sur les vertèbres de roches basaltiques qui pointaient ça et là.

Devant nous un large fleuve éparpillait ses méandres jusqu’au bout du regard. L’étendue d’eau, les bords extrêmes du monde, l’horizon des perditions et ses rives de pâle émeraude, repoussoir d’un tricot d’humanité sauvage relégué au rang d’utopie par les sentences de l’histoire. Au fur et à mesure de nos discrétions nous avons apprivoisé l’aube et retardé nos rendez-vous avec les derniers rayons du jour. Dans la bascule de ces nouveaux éblouissements nous nous sommes joués des sens : marelle en terre de Sienne sur la pierre lavée, grands papiers pliés d’origamis majestueux. Notre langue tirée face aux éléments se peuplait lentement d’une ménagerie de cellulose, nourriture nouvelle. Nous savions les flammes que nos animaux pourraient engendrer et déjà quelques dents grinçaient sous les stalactites. A la faveur d’inclinaisons solaires nous perçûmes un jour le scintillement des lunettes à longue portée qui parcouraient la mangrove. 

Ce fut donc un départ. Quelle autre solution devant les faisceaux du réel ? Nos paumes, nos réserves de prime jeunesse s’activèrent sous le zénith multiplicateur. Un immense rectangle de papier fut changé en navire, géant d’albâtre, trancheur de mythes et de mers. Voile de draps arrondie par une ferveur grandissante nous partîmes sur les ondes, la conscience en germe. La réalité du jour, nos yeux et la respiration de nos entrailles tordaient le cou des injonctions menaçantes : le fleuve et ses rives ne montrèrent aucune fureur. Le plus dur -et nous l’avions deviné- fut de s’éloigner des snipers.    















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